Une radioactivité anormale détectée au fort de Vaujours

AtomiquePour la première fois depuis que Placoplatre a racheté 33 ha du site du fort de Vaujours — situé à cheval sur Coubron et Courtry, en Seine-et-Marne — en 2010, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a reconnu la contamination à l’uranium 238 d’un point du site. Les mesures ont mis en évidence « un niveau de rayonnement 10 à 20 fois supérieur au niveau naturel dans une casemate », a indiqué l’ASN dans la note d’information publiée sur Internet. Le site avait pourtant été décontaminé par le CEA en 1997 et en 2001.

Face aux inquiétudes soulevées par les populations quant au projet de Placoplatre d’y exploiter une carrière à ciel ouvert, la préfecture avait réclamé à l’ASN que des mesures contradictoires soient réalisées. Ainsi, le 25 février, l’ASN, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro) et la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Criirad) se sont rendus sur le site.

« Tout cela, pour nous, est très grave, a déclaré Bruno Chareyron, physicien et responsable du laboratoire de la Criirad, qui réclame ces mesures depuis 2001. L’IRSN (NDLR : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), qui est un organisme d’Etat, n’utilise pas les bons appareils de mesure ; or on sait que, lorsqu’il s’agit d’une pollution à l’uranium industriel, il faut mesurer des rayons alpha et bêta. Eux utilisent des appareils qui mesurent les gammas. […] Il est scandaleux que l’IRSN n’ait pas vu les points chauds, alors qu’ils avaient été entourés à la peinture. Le rôle d’un expert officiel est de tout vérifier, surtout sur un sujet aussi grave. »

A l’IRSN, Jérôme Joly, l’expert officiel en radioprotection, qui rappelle la nécessité d’être vigilant sur la qualité du protocole des travaux de Placoplatre, se défend : « En 2011, nous avons été sollicités par Placoplatre pour s’assurer des conditions de sécurité de leurs travaux de reconnaissance des veines de gypse. A l’époque, nous n’avions rien trouvé. » Contactée à de nombreuses reprises, la filiale du groupe Saint-Gobain n’a pas été en mesure de nous répondre.

Dans sa note d’information, l’ASN temporise l’annonce de ces résultats en soulignant « les limites de ces mesures ponctuelles, qui ne sont pas représentatives de l’exposition externe du corps entier aux rayons ionisants ». Une remarque jugée scandaleuse, là encore, par la Criirad : « C’est comme si tout ça n’avait servi à rien, l’ASN ne mentionne pas les risques d’inhalation et d’ingestion ! Il faut faire comprendre aux gens que le site est toujours contaminé et qu’il faut approfondir les mesures ! » tempête Bruno Chareyron, qui a lui-même relevé des concentrations 70 fois supérieures à la norme dans la casemate.

L’uranium, le radioélément le plus présent sur le site, augmente entre autres les risques de leucémie, de cancer du rein, et agit sur le cerveau.

Source : Le Parisien du 16/04/2014

Publié le 16 avril 2014, dans Actualité, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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