Une assurance pour aider parents et enfants en cas d’harcèlement scolaire

700 000 c’est le nombre d’élèves qui, chaque année, sont victimes de harcèlement scolaire selon le ministère de l’Éducation nationale. 

Pour les victimes, les conséquences peuvent parfois devenir dramatiques. S’il existe des actions de prévention, comme la Journée internationale contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire, le premier jeudi de novembre, ou encore des outils tels que le numéro de téléphone 30 20, il peut être très difficile de sortir de cette spirale du harcèlement. 

C’est dans ce contexte que l’association « Marion la main tendue », fondée par Nora Fraisse, une mère dont la fille, Marion, s’est suicidée après avoir subi du harcèlement, a lancé une assurance citoyenne et solidaire, Kolibri, pour que les parents puissent accompagner leur enfant en cas de harcèlement. 

Source et article complet : Actu.fr

Publié le 8 novembre 2021, dans Enfance, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Merci à Nora Fraisse pour son combat.
    J’ai 27 ans et j’ai été victime de harcèlement scolaire au collège. J’ai vécu le pire en sixième et en cinquième. Deux années consécutives d’insultes, de brimades, de mises à l’écart, de croche-pieds, de bousculades et j’en passe.
    On me traitait de « salope », de « pute », de « débile mentale », de « sans amie » etc. Les cours de sport étaient les pires. Personne ne voulait de moi. Quand le prof choisissait une équipe pour moi, celle-ci s’écriait toujours « Oh non, pas elle ! », « Oh non, pas cette folle ! »
    À l’époque, j’étais une enfant extrêmement timide, donc j’étais une cible facile, une proie idéale pour mes bourreaux. Et comme le harcèlement renforce la timidité et détruit toute estime de soi, c’était un cercle vicieux.
    La plupart des adultes de l’établissement fermaient les yeux sur ces violences (il faut dire qu’à l’époque, en 2006-2007, le « harcèlement scolaire » était un sujet très tabou et inexistant, il a malheureusement fallu que des drames surviennent pour qu’on en parle…)
    Pour eux, c’était bien évidemment moi la coupable et on me disait ce genre de choses : « c’est normal qu’on s’en prenne à toi si tu ne parles pas », « tu n’as qu’à te défendre », « si tu continues comme ça on va te prendre pour une folle ».
    Comment une enfant peut-elle s’estimer quand elle se fait humilier toute la journée et qu’elle entend, en plus, ce genre de phrases culpabilisantes de la part d’adultes pourtant censées la protéger ?

    Je me suis accrochée à une professeure. Je lui avais écrit trop de lettres d’amour et lui avais offert trop de cadeaux. Après deux ans d’humiliations, deux années de violences inouïes, je recherchais une personne qui m’estime. Malheureusement, cette enseignante était allée se plaindre à la direction du collège.
    Le 23 octobre 2008, j’étais passée en commission éducative et la principale m’avait dit en face en me parlant de cette professeure : « Je ne veux plus que tu aies affaire à elle. Elle est venue me voir, elle le vit très mal, elle fait une dépression à cause de toi. Je t’interdis de l’approcher et même de parler d’elle à tes amis. Au moindre faux pas, tu seras renvoyée, on a trouvé une place pour toi dans un autre collège ».
    Plus de 13 ans après les faits, ces terribles paroles résonnent encore comme une humiliation dans ma tête. J’avais 14 ans, j’en ai 27, mais ce sont des choses qu’on n’oublie pas. Je l’avais vécu comme un véritable procès où contrairement aux véritables criminels, je n’avais même pas le droit à un avocat.
    On me menaçait de me virer du collège parce que j’avais écrit trop de lettres d’amour à une prof, pendant que mes harceleurs qui avaient passé plus de deux ans purs et durs à m’insulter, me frapper, me bousculer dans les couloirs, me faire des croche-pieds etc… continuaient leur scolarité en toute impunité dans ce même collège. Comment mon estime de moi aurait-elle pu ne pas être réduite à néant ?

    Pendant des années, je me suis tue, mais aujourd’hui, Jeudi 18 novembre 2021, journée internationale de lutte contre le harcèlement entre pairs, je veux briser la loi du silence.

    J’ai décroché. Je suis tombée dans une grave dépression qui m’a valu plus de dix ans d’automutilation et 4 hospitalisations en psychiatrie avant même d’atteindre l’âge de 18 ans (il existe d’ailleurs également des abus en psychiatrie, mais c’est un autre sujet).
    Je suis également malade physiquement, je souffre de douleurs chroniques. Des professionnels de santé m’ont suspecté une maladie de Crohn et une cystite interstitielle et m’ont dit que ces maladies pouvaient être liées à des chocs émotionnels. J’ai vécu des drames personnels, mais je pense que les années de violences que j’ai subi au collège y sont pour quelque chose car le harcèlement détruit aussi bien l’âme que le corps.
    Je suis allocataire de l’AAH, j’ai toujours très peu d’estime de moi-même.
    J’ai lu le journal d’Emilie Monk « Rester fort », et j’ai eu l’impression de lire mon propre témoignage tant ils sont similaires.

    Pour autant, je n’attaquerais pas mon ancien collège car malgré ces années de terribles souffrances, j’y avais quand même passé de bons moments et j’y avais quand même rencontré de belles personnes. Mais j’aimerais que mon témoignage serve de prévention et que plus jamais un(e) enfant ne mette fin à ses jours à cause ce terrible fléau qui détruit tant de vies…
    S’il y a des professeurs ou des cadres d’établissement qui me lisent, j’aimerais leur dire ceci : si vous voyez qu’un(e) élève est souvent seul(e), isolé(e), a de mauvais résultats scolaires, il est inutile et contre-productif de l’accabler, de lui dire qu’il ou elle n’a qu’à changer de comportement pour se faire accepter. Focalisez-vous au contraire sur ses qualités, ses points forts et essayez de savoir ce qui a pu l’amener à un tel repli sur soi.
    Et si, comme moi, vous apercevez un(e) élève qui fait un transfert affectif envers un(e) professeur ou un quelconque autre membre du personnel de l’établissement, demandez-vous « Pourquoi ? Quelles souffrances se cachent derrière ce transfert ? »
    Certains me diront que c’est le boulot des psychologues de se poser ce genre de questions. Mais quand la cause d’une telle souffrance est le harcèlement scolaire, les professeurs et cadres de l’établissement ont leur rôle à jouer. C’est leur rôle de protéger les élèves.
    Si je n’avais pas été victime de harcèlement scolaire, si j’avais été protégée, de telles dérives ne se seraient jamais produites. Jamais je ne serais tombée dans la dépendance affective, jamais un tel cataclysme n’aurait été déclenché.
    Nora Fraisse a raison lorsqu’elle dit qu’on protège mieux les adultes que les enfants. Lorsque mon ancienne enseignante était allée se plaindre à la direction du collège, la principale avait immédiatement pris sa plainte au sérieux et avait immédiatement menacée de me virer définitivement du collège. Aucune discussion, aucun entretien, aucune explication, pas même une sanction plus douce, non, une menace directe d’être renvoyée de l’établissement scolaire…
    Par contre, quand un(e) élève se plaint de harcèlement, on lui rétorque que ça va se tasser et que ce ne sont que des gamineries, même s’il est victime d’insultes et de violences physiques à répétition… Cherchez l’erreur ?

    Parfois, je relis mes anciens bulletins scolaires. Sur un de mes bulletins de 5ème, l’année où j’ai été la plus harcelée, l’année la plus destructrice de toutes, beaucoup de professeurs écrivaient : « Une année très décevante. Absence de travail et de motivation », « Aucun travail, vous ne faites aucun effort ».
    Mais comment aurais-je pu faire des efforts en étant humiliée, insultée & frappée à longueur de journée ? Comment aurais-je pu être motivée ?
    J’avais 18 / 20 de moyenne générale en CM1. J’ai commencé à décliner en sixième : 11 /20.
    Et en cinquième, le harcèlement était d’une violence si intense que j’étais descendue à 3/20 de moyenne et qu’on avait voulu me faire redoubler. Le redoublement n’aurait servi à rien puisqu’il n’était pas dû à mes capacités, mais au harcèlement que je subissais.
    On avait également voulu me mettre en SEGPA…
    Personne ne s’était jamais demandé d’où venait cette chute de mes résultats scolaires, comme si on pouvait passer de 18 / 20 (ou même de 11) à 3/20 de moyenne générale comme ça, sans aucune raison…
    Personne ne se demandait non plus d’où venaient mes absences à répétition, mes retards injustifiés et mes passages récurrents à l’infirmerie… il était bien sûr beaucoup plus de simple de penser que tout était de ma faute.

    Dirait-on à une élève en surpoids que c’est de sa faute et qu’elle n’a qu’à maigrir si elle ne veut plus être insultée, harcelée, exclue ?
    Dirait-on à une femme que c’est de sa faute si elle a été violée parce qu’elle n’avait qu’à pas porter de minijupe ? …

    Souvent, à l’époque, quand je n’osais pas parler à certaines personnes, on me disait aussi « il/elle va pas te manger ». C’est une expression terrible quand on est victime de harcèlement, de violences à répétition. Bien sûr que je me faisais « manger », et ce, à longueur de journée.

    #JesuisMarion
    #JesuisMatteo
    #JesuisAlexandre
    #JesuisLaura
    #JesuisThybauld
    #JesuisEvaëlle
    #JesuisEmilie
    #JesuisChanel
    #JesuisDinah

    Et tant d’autres…

    Tous ces enfants, victimes de harcèlement scolaire, ont mis fin à leur vie.
    Le harcèlement TUE.

    Si vous êtes victime de harcèlement, vous pouvez vous rendre à la Maison de Marion.
    Il en existe deux à ce jour :
    – Maison de Marion, 8 bis Boulevard Dubreuil 91400 Orsay
    – Maison de Marion, 146 Rue Nationale 75013 Paris

    D’ici 2024, Nora Fraisse espère créer des « Maisons de Marion » dans toute la France, ce qui est une très bonne initiative et une très belle avancée, mais ce n’est pas normal qu’elle remplisse le rôle de l’Etat…

    • @ Oiseau-de-Pluie | 18 novembre 2021 à 11 h 45 min

      Votre témoignage est bouleversant et dresse une analyse pertinente de ce phénomène délétère au sein de notre société. Merci d’avoir si bien expliqué les enjeux, les personnes qui encouragent et favorisent implicitement la perpétuation de ces harcèlements en dédouanant les harceleurs et en culpabilisant les harcelés, et d’avoir indiqué en filigrane ce qu’il faudrait faire pour que plus jamais ces situations ne se reproduisent. Vous êtes manifestement sortie grandie et plus forte de ce qui vous a été scandaleusement infligé, même si cela a été pour vous des années de véritable calvaire ! Bravo pour votre lucidité et bon courage pour la suite.

  2. Merci pour votre témoignage, et bon courage à vous.

    Cordialement

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