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Recensement religieux et ethnique en France, un pas vers une égalité des chances ou risque de dérive ?
L’affaire Robert Ménard (Maire de Béziers), entendu par la police pour fichage des écolier de ville sur critère religieux, a relancé le débat sur l’utilité ou non des recensements incluant des questions relatives à la race ou à la religion.
En France, depuis 1789, il n’existe que deux groupes de personnes : les français et les étrangers. Il est interdit par la loi (sauf dérogation exceptionnelle) de faire du recensement sur critère ethnique ou religieux. En Europe, de nombreux pays appliquent ce type de recensement (on peut noter par exemple le Royaume-Uni, les Pays-Bas). Outre-Atlantique, les États-Unis, le Canada et le Brésil autorisent (voire encouragent) les recensements ethniques et religieux. Dans d’autres pays multi-ethniques (Afrique du Sud, Nouvelle Zélande…), cela ne pose ainsi pas de problème particulier.
Les recensements ethniques peuvent permettre par exemple de vérifier si un groupe ethnique ou religieux subit une discrimination sociale. Par exemple, en calculant le revenu moyen par groupe ethnique, on se rend compte que les Hispaniques et les Afro-Américains gagnent bien moins que les Européens ou les Asiatiques, aux États-Unis. En Afrique du Sud, pays où l’Apartheid n’a été aboli que depuis 1994, on se rend compte que de nombreuses inégalités persistent entre les noirs et les blancs. Ces constats on permis de mettre en place ce que les Anglo-saxons appellent « Affirmative Action » (ce que les français appellent « Discrimination positive ») : les entreprises publiques, les institutions et certaines entreprises privées souhaitant répondre à des appels d’offre publics sont obligés promouvoir l’accession sociale des minorités ou ethnies défavorisées. Ainsi, des cadres et des responsables ont été renouvelés par ce dispositif, qui fait parfois débat.
Avec les recensement ethniques et religieux, il est facilement possible d’identifier ce genre de discrimination. Mais attention aux dérives !
Les dérives possibles : la politisation de recensement
Si ce type de recensement peut permettre d’atténuer les risques de discrimination à l’embauche, les données fournies peuvent être également utilisées à des fins politiques pernicieuses : des partis d’extrême droite peuvent jouer sur la peur de l’autre pour engranger des voix et, par la même occasion, attiser les problèmes raciaux. L’augmentation d’une ethnie ou d’une religion d’un recensement à l’autre peut également susciter des revendications parfois difficiles à appliquer. Le cas de l’Éthiopie, où la religion historique (Christianisme Orthodoxe) a perdu la majorité absolue suite à l’ascension fulgurante des évangélistes, en est un exemple frappant.
Et en France, comment fait-on ?
Alors qu’en France, des dispositifs existent pour appliquer ce que l’on appelle « la discrimination positive », il n’est quasiment pas possible de déterminer la part de telles ethnies ou de telles religion au sein de la population Française. Des estimations parfois farfelues sont lancées par des analystes, sans pour autant connaitre avec exactitude de quoi est composée la population française. La discrimination positive se fait alors de manière subjective, sans réelle possibilité de se référer à des données précises.
Les estimations sur le nombre de personnes Afro-Américaines varient de 1,5 million à 5 millions. Pour l’Islam, les analystes estiment entre 2 et 6 millions le nombre de musulmans en France. A Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza estime à 40% le nombre de musulmans dans la ville, alors que d’autres personnes estiment que la majorité de la ville est composée de musulmans. Comment peut-on savoir si un déséquilibre existe au sein des employés des collectivités territoriales, des grandes entreprises publiques ou multinationales proches de l’État français ? Cela se fait sur base d’estimation, sans réelle précision.
Que l’on soit pour ou contre ce type de recensement, la question mérite d’être posée. Les sacro-saintes barrières éthiques ou morales doivent être franchies pour mesurer les avantages et inconvénients de cet outil, tout en se basant sur les résultats engendrés chez nos voisins ou partenaires outre-atlantiques.