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Journée de retrait de l’école : l’inquiétude de mamans d’Aulnay-sous-Bois
Devant l’école Savigny, nichée entre deux tours HLM, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), de jeunes mamans, hijab ajusté sur la tête, discutent en attendant la sortie des classes. Elles n’ont pas participé, lundi 31 mars, à la journée de retrait de l’école (JRE), initiée par la militante Farida Belghoul pour protester contre le prétendu enseignement de la « théorie du genre » en maternelle et en primaire.
Pourtant, par le passé, elles y ont toutes déjà pris part, au moins une fois. « C’était à cause des SMS », explique Fatiah, 32 ans. Ces SMS, elle en recevait des dizaines chaque jour, moins aujourd’hui. Leurs auteurs, elle ne les connaît pas tous. « Il y a des copines, mais aussi des numéros inconnus. »
Malgré les multiples informations qu’ils contiennent, parfois contradictoires, ils ont un point commun : sonner l’alerte. Alerte à l’éducation sexuelle des enfants dès la maternelle, alerte à l’initiation à la masturbation par les professeurs, alerte à l’intervention de travestis et transsexuels dans les classes…
« MON TÉLÉPHONE SONNAIT CINQUANTE FOIS PAR JOUR »
Au départ, la vague d’inquiétude a été forte, irraisonnée. Quelques mamans se sont empressées de retirer leurs enfants de l’école, ont appelé au secours les établissements privés du quartier, demandé d’y inscrire leurs petits dès la prochaine rentrée.
« Mon téléphone sonnait cinquante fois par jour », se souvient Hassen Farsadou, directeur de l’association Espérance musulmane de la jeunesse française. Depuis 2008, il cherche à réunir des fonds pour la construction d’un établissement privé musulman à Aulnay-sous-Bois. « Je n’ai pas reçu de dons pour le moment, mais c’est clair, la polémique sur la théorie du genre a joué en ma faveur », s’exclame-t-il.
D’autres mamans ont frappé aux portes des salles des professeurs, réclamant des explications. « Souvent, ils sont restés silencieux », regrette Myriam, 32 ans, visage adolescent marqué par quelques rides d’anxiété. « Parfois, ils n’étaient même pas au courant », ajoute son amie, même allure juvénile.
Source, image et article complet : Le Monde
Journée de retrait à Aulnay-sous-Bois : des écoles touchées par la journée de boycott
A Aulnay, on manie les chiffres avec prudence. Lundi, la municipalité a pointé 308 absences de plus que la moyenne dans les écoles maternelles et élémentaires (6800 inscrits). Un pic qui doit probablement beaucoup à l’appel lancé à l’échelle de la région parisienne à une « journée de retrait de l’école ». Cette mobilisation confuse est fondée sur de multiples rumeurs autour du dispositif expérimental des ABCD de l’égalité, testé dans l’académie de Créteil et ailleurs… et accusé d’introduire la théorie du genre à l’école, voire d’instaurer des cours d’éducation sexuelle en maternelle…
« Je n’avais que la moitié des élèves en classe lundi, indique une enseignante. Ça a commencé la semaine dernière. Des parents craignaient qu’on projette le film Tomboy (NDLR : dans lequel une petite fille se fait passer pour un garçon), d’autres avaient entendu parler de cours de masturbation! Le directeur a rassuré ceux qui l’ont interrogé. Mais tous ne l’ont pas fait. » « A l’école, on nous dit qu’il ne s’agit que d’une rumeur », glisse, méfiant, un père de famille, néanmoins convaincu qu’il est bien question d’apprendre aux enfants « qu’on ne naît pas fille ou garçon, mais qu’on le devient ».
Des craintes diffusées surtout par SMS
Vendredi, des tracts ont été distribués devant l’école des Petits-Ormes : « Homosexualité, bisexualité et transsexualité entrent dans tous les programmes scolaires », affirmaient-ils d’un ton péremptoire. Toutefois, c’est surtout par SMS que la rumeur — infondée — a circulé. A Aulnay, toujours, un texto adressé aux familles musulmanes les mettait en garde contre la théorie du genre et les invitait… à faire des dons pour la construction de la future école privée de l’association Espérance musulmane de la jeunesse française (EMJF). « C’est sans doute un membre de l’association qui a agi de son propre chef. Nous ne relayons pas cet appel. J’ai répondu à ceux qui m’interrogeaient que chacun était libre de faire ce qu’il souhaitait », affirme avec embarras le président de l’association, Hassen Farsadou.
A Bobigny aussi, des élèves manquaient à l’appel. Leila Bouzidi, candidate (SE) sur la liste de Pierre Ramos et suppléante du député Jean-Christophe Lagarde, a elle-même relayé sur sa page Facebook la rumeur : « La théorie du genre sera généralisée dans toutes les écoles […] dès la rentrée 2014. » Maladresse? L’intéressée, qui affirme avoir été interpellée par de nombreux parents, convenait hier qu’elle aurait dû « ajouter qu’il fallait s’informer auprès des directeurs d’école ». La direction académique a refusé de donner une estimation des absences dans le département. Dans un e-mail adressé vendredi aux enseignants, la rectrice de l’académie de Créteil, réagissant aux « SMS, tracts, messages via les réseaux sociaux », a pris soin de rappeler que le projet pédagogique ABCD de l’égalité avait pour objectif d’« éduquer à l’égalité entre les femmes et les hommes ». Elle les encourageait également à « trouver l’apaisement et la sérénité indispensables au bon déroulement de nos enseignements ».
Source : Le Parisien du 29/01/2014