Des voisins se constituent en association à La Courneuve contre les cambriolages. Et à Aulnay-sous-Bois ?
Ces voisins veillent les uns sur les autres
Aux 4-Routes à La Courneuve, les «citoyens vigilants» ont l’oeil et préviennent la police si nécessaire. Depuis, les agressions ont baissé.
Ils ont apposé des petites pancartes jaune « Citoyens vigilants » sur les murs de leurs pavillons. Début 2012, exaspérés par la montée des incivilités, traumatisés par des agressions et des cambriolages, une vingtaine d’habitants des 4-Routes, un quartier pavillonnaire de La Courneuve, se sont constitués en association de Citoyens vigilants ARC 4*.
Près de deux ans plus tard, l’association, qui travaille en partenariat avec la ville et la police, compte trois cents adhérents. Et les résultats sont probants. « Nous n’avons eu qu’un seul cambriolage cet été! » se félicite Chantal Féjean, la présidente. « Nous pouvons enfin partir en vacances. Nos voisins veillent sur nos biens. » « Ce dispositif fonctionne très bien, confirme Muriel Tendron, adjointe (PC) au maire à la tranquillité publique. C’est à mes yeux une petite fabrique de tranquillité publique. Grâce à la solidarité de ces habitants, ce quartier a retrouvé son calme. Il n’y a quasiment plus de vols avec effraction et beaucoup moins d’agressions. »
La recette miracle? Un recours optimisé aux services de police. En effet,, les membres d’ARC 4 le répètent à l’envi : en aucun cas, ils ne se substituent aux forces de l’ordre. « Nous sommes au contraire le dernier rempart à la constitution de milices armées et à l’autodéfense, martèle Chantal Féjean. Nous sommes pour le respect scrupuleux des lois. »
Concrètement, chaque quartier dispose d’un référent, un citoyen volontaire formé par un représentant de la préfecture, le commissaire de police et du personnel communal. René, le mari de Chantal, est l’un d’eux : « En cas de problème, les habitants du quartier m’appellent. Je dois être capable de faire la différence entre l’urgence ressentie et l’urgence réelle. Selon les cas, j’appelle ou pas la police, la mairie… »
Reconnue par la préfecture, l’association bénéficie d’une ligne directe avec le commissariat de police et de contacts privilégiés avec l’élue à la tranquillité publique. « Quand vous appelez le commissariat, en général, ça sonne occupé. Là, le référent a un policier au bout du fil en quelques secondes », résume Roger, un adhérent d’ARC 4.
En février 2012, alors que l’association venait juste de se constituer, ce retraité de 72 ans a été réveillé en pleine nuit par un cambrioleur. Depuis, il exerce une veille régulière dans le quartier. « Quand un voisin n’est pas là, on fait attention. On regarde si personne ne traîne autour de sa maison, s’il n’y a rien d’anormal… Et, si on repère quelque chose, on le signale au référent du quartier. » Pour autant, pas question de faire des rondes : « On ne surveille pas, on veille, précise Chantal. Et dès qu’on entend ou qu’on voit quelque chose de bizarre, on sort dans la rue et on regarde ce qui se passe. Et, s’il le faut, on prévient la police. »
Toujours pour prévenir les agressions, l’ARC 4 a réhabilité le bon vieux sifflet à roulette de la police : « On l’a dans notre sac et, en cas d’agressions, on siffle, raconte René. Souvent, ça suffit et c’est moins risqué qu’une arme. »
Toujours choqués par les cambriolages
Ils parlent de déferlante. Entre février et avril 2012, leur petit quartier pavillonnaire, situé à deux pas du carrefour des 4-Routes, a été la cible d’une quinzaine de cambriolages, souvent violents. Deux ans après, le traumatisme est toujours là.
« On était en mars et il était 3 heures du matin. Je somnolais quand j’ai entendu du bruit, raconte Maria, la voix chargée d’émotion. J’ai ouvert un œil. Il y avait trois personnes au pied de mon lit! J’ai crié à mon mari qui dormait : Prends le fusil, j’ai bondi jusqu’à la fenêtre et j’ai hurlé. Ça les a fait fuir. » Son cri est tel que René, son voisin, se réveille. « J’ai tout de suite reconnu la voix de Maria. Je suis sorti précipitamment et j’ai appelé la police. » Cette retraitée avoue depuis mal dormir : « J’ai toujours peur qu’ils reviennent. »
A ses côtés, sa voisine Gisèle opine. « Moi, c’était en avril 2012. Il était 3 heures du matin. J’étais seule avec mes petits-enfants quand j’ai entendu un gros bruit. J’ai appelé la police, puis on s’est cachés avec les enfants. Heureusement, la police est arrivée très vite et les a fait fuir. Ça s’est bien terminé mais, depuis, j’ai peur et mes petits-enfants ne veulent plus venir chez moi. »
La femme de Roger, un de ses voisins, est elle aussi toujours très choquée. « On était en février. Ma fille a été réveillée par un bruit de vitres cassée. Elle est venue dans notre chambre avec sa fille. Là, les types sont arrivés. L’un d’eux a essayé de fracasser la porte de notre chambre. Il criait : Ouvre ou je tire à travers la porte! Nous avons réussi à bloquer la porte avec le lit. Je fais du tir et j’avais mon arme dans ma chambre. J’ai tiré en l’air par la fenêtre. Ça les a fait partir. »
Choqués par ces agressions, les habitants, qui venaient de créer leur association ARC 4 pour lutter contre les incivilités en tout genre, ont alors décidé de faire de la lutte contre les agressions une de leurs priorités.
Des dispositifs similaires dans une vingtaine de communes
L’idée de citoyens vigilants n’est pas propre à l’association ARC 4. En 2006, le gouvernement Villepin a ainsi lancé le dispositif Voisins vigilants, qui consiste à associer les élus et la population d’un quartier ou d’une commune à la sécurité dans le cadre d’un dispositif partenarial encadré par la police ou la gendarmerie.
En France, plus de trois cents communes ont développé ce concept, avec des succès inégaux. En Seine-Saint-Denis, ce dispositif, encadré par la préfecture, existe dans une vingtaine de communes. « Il s’agit de promouvoir de bonnes pratiques pour renforcer la solidarité entre habitants et accroître l’efficacité des missions des forces de sécurité », explique la préfecture, qui précise : « Si les habitants des quartiers sont incités à adopter une attitude vigilante et à coopérer avec les forces de sécurité en les renseignant, ils n’ont en aucun cas vocation à intervenir eux-mêmes et à se substituer aux gendarmes ou aux policiers. »
Source : Le Parisien du 09/11/2013
Publié le 9 novembre 2013, dans Faits divers, et tagué Aulnay, Aulnay-sous-Bois, Cambriolages, La Courneuve. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.
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