L’UMP veut changer de nom mais elle ne peut le faire en réalisant une « captation d’héritage ». Une pétition est lancée contre cet accaparement

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[…] Les républicains ce sont donc tous les Français-e-s qui, au fil des générations, se reconnaissent dans ce « Peuple français qui proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils sont définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le Préambule de la Constitution de 1946 » [1].

Le monopole de la représentation républicaine a maintes fois été disputé dans notre histoire et le hold-up sémantique que veut opérer aujourd’hui un ancien Président de la République pourrait apparaître comme une énième illustration de cette « course à la République » (Pierre Nora). Pourtant, les motivations et les conditions de cet accaparement ne peuvent laisser les républicains que nous sommes indifférents. Nicolas Sarkozy, après une étude marketing aussi discrète que poussée, veut faire un coup… d’éclat. Puisant à nouveau son inspiration dans son admiration pour les Etats-Unis, où le financement des campagnes électorales ne connaît guère de règles et où les lobbies atteignent des sommets de puissance, il veut faire de ce lieu de mémoire qu&rsqu o;est la République une marque et s’en accaparer l’utilisation.

Il engage cette opération de mystification politico-historique alors même que le parti dont il est le chef a refusé le front républicain pour faire barrage à l’extrême droite lors des dernières élections locales. Ayant sans doute observé que le discours lepéniste multipliait les références à la République, à une conception bien précise de la République, fermée sur elle-même et effrayée, il court après cette stratégie potentiellement aussi efficace que malhonnête.

Un ancien président qui se moquait ouvertement des droits de l’homme et de la justice, qui a maintes fois défendu une approche chrétienne de la laïcité, prétend donc s’arroge le titre de Républicain.

Après avoir puisé sa pensée et son discours chez un pseudo-historien vrai-maurassien (donc anti-républicain), il achète le plan média d’un publicitaire venu doctement nous expliquer que la « République n’est ni de gauche … ni de gauche ». Pour cet historien créateur de polémique, c’est la gauche qui par trois fois aurait renversé la République, que la droite aurait su relever seule (sic). En gros, Robespierre le vilain serait responsable des deux Napoléons (pourtant adulé par cette droite bonapartiste qui inspira plus d’un de ses chefs), une période dont on ne sort en 1871 que grâce à l’homme de droite Adolphe Thiers. Puis la Chambre du Front populaire cause l’effondrement de la République, que De Gaulle rétablit.

Pourtant, la droite n’est devenue réellement républicaine que sur le tard, après avoir été monarchiste (absolutiste ou libérale), bonapartiste, boulangiste et finalement républicaine … à partir de 1945, comme l’UMP le reconnait-elle-même sur son site. Nous sommes donc face à une opération révisionniste qui vise la privatisation d’un nom commun, porteur d’un idéal collectif, idéal d’une politique qui ne se fait pas à la « corbeille » comme aurait dit de Gaulle.

Au-delà du changement de nom, le projet est clairement affirmé : il s’agit d’exproprier de la République tous ceux qui ne pensent pas comme Nicolas Sarkozy. Ils pourraient être nombreux, jusque dans son propre camp, puisque les réactions ne manquent pas au sein d’une droite qui ne place pas nécessairement la République au cœur de son ADN.

Ce que Nicolas Sarkozy a très bien compris, c’est que celui qui contrôle les mots, contrôle la pensée et détient le pouvoir, comme le démontre savamment le linguiste Victor Klemperer dans son ouvrage « LTI ». D’autres, comme Orwell ne disent pas autre chose lorsqu’ils décrivent la « novlangue ». Et nos publicitaires, au sourire si doux et éclatant de blancheur, ne sont que les nouveaux propagandistes du moment. Dans « 1984 », le fonctionnaire en charge de sa rédaction expliquait que le véritable but de la novlangue était de restreindre les limites de la pensée : « À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimit é. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées ».

Voilà pourquoi c’est maintenant qu’il faut réagir. Il faut réaffirmer que si que la droite « décomplexée » veut changer nom, elle ne peut le faire en réalisant une « captation d’héritage », comme l’a si bien dénoncé l’historien Jean-Noël Jeanneney (3).

Laisser une telle opération se réaliser, ce serait risquer que les générations futures ne comprennent plus le sens des mots « République » et « républicains ». La République est le régime qui nous permet de vivre ensemble. Elle cimente notre mémoire collective et nous appelle sans cesse à la vigilance et à l’action. Si le mot peut paraître usé, ou moins fort, des Français meurent encore aujourd’hui à son service, ou pour avoir porté ses idéaux.

Pour toutes ces raisons, il nous est apparu que nous devions tout faire pour éviter cette confusion délibérée, cette expropriation de notre patrimoine commun, cette manipulation des mots pour mieux habiller des idées nauséabondes.

Sans le soutien du moindre parti, de la moindre organisation, nous avons lancé une pétition en ligne qui, en 10 jours, a réuni près de 5000 signataires. Dans le même temps, nous avons préparé des actions judiciaires pour que les Républicains demeurent libres et égaux en droit. Libres de droit, plus précisément, car les républicains ne sont pas une marque commerciale que l’on peut apposer sur des bijoux ou des sous-vêtements, ce sont les hommes et les femmes qui demain se battront pour que les principes fondateurs gravés dans le marbre des monuments soient des réalités vivantes et palpables.

Nous nous battons parce que nous sommes républicains, et vous ?

Par Christophe Lèguevaques, avocat, Emmanuel Vinteuil, Pierre-Yves Schanen et Joël Heirman, citoyens.

Source : http://www.laicite-republique.org/republicains-non-au-hold-up.html
Pétition : http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47733

Article proposé par Olivier Rimbert

Publié le 13 Mai 2015, dans A vous la parole, Politique, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. A propos de république, de révisionnisme.

    La République est née dans des torrents de sang, le Robespierre dont il est question dans l’article est lui-même impliqué dans des massacres de masse qui constituent des pages sombres de l’histoire de la République.

    Le gouvernement actuel est toujours en première ligne lorsqu’il s’agit de faire acte de repentance auprès des Algériens, des Antillais. Quid des Français de métropole qui furent massacrés par dizaines de milliers, car estimés ennemis de la République ? Un détail de l’histoire, probablement…

  2. Ce qui me fait rire, c’est que l’UMP, qui s’affiche avec grand bruit républicain (mais ce titre est-il très envié en France ?) ce titre, comme si ce régime qui est la mort de la France était le fin de la droit.

  3. Avatar de JEAN LOUIS KARKIDES JEAN LOUIS KARKIDES

    Il y a dons ceux pétitions:
    http://noussommeslesrepublicains.org/petition/
    http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47733
    Je signe les deux et j’attends avec impatience le nouveau nom des socialistes: »les démocrates » 😉

  4. @ Rw

    vous dites actes de répantance pour les algériens, antillais ou autre, le 8 mai 1945 en France on fêtait la libération et en Algérie, l’armée française bombardait ANNABA, SETIF, plus de 40 000 morts. Pourquoi la France a indemniser les juifs lors de déportation et ne le ferait pas pour le colonianisme, faut savoir quand la France à quitté l’Algerie en 1962, 99% de la population ne savait ni lire et écrire, pas d’administration, pas de médecin, rien le pays à plat, essais nucléaire dans le sahara mais c’est le passé, juste RW d’être reconnaissant. Combien à couté en indémnisation les déportés juive à la FRANCE pire ils ont même essayé d’attaquer la SNCF sous prétexte que les trains étaient utilisé pour transporter les pauvres juifs aux chambres a gaz, juste mesurer vos commentaires et surtout ne dites pas vous avez vu direct les juifs parce qu’il est musuluman, non c’est un exemple et j’ai pas les chiffres mais ils sont très très très important Combien a couté aux contribuables français l’indemnisation de ses déportés qu’on paye.

    Maintenant c’est l’histoire RW j’ai plus mon gand père mort torturé en algérie en 1958, j’ai plus mes 2 oncles mort en Indochine, j’ai plus le frere de ma grand mere mort pendant la guerre de 1939-1945, j’ai plus mon père qui a travaillé dans l’amiante pendant des années à IDEAL STANDARD auprès de l’amiante, l’argent ne fera rien revenir personne mais un peu de reconnaissance ferait du bien depuis un moment vous nous pointer du doigt tout le temps

    VIVE LA REPUBLIQUE, VIVE LA FRANCE, VIVE DE GAULLE

  5. Avatar de Olivier Rimbert Olivier Rimbert

    Et ça dérape. Robert Chardon, maire UMP de Venelles (Bouches-du-Rhône) et vice-président de la communauté de communes du Pays d’Aix-en-Provence, en appelle tout simplement à supprimer le culte musulman en France. Ça paraît tellement gros qu’on aurait cru à un piratage de compte Twitter. Mais non, l’intéressé a confirmé ses propos auprès du Monde : «C’est la seule solution pour résoudre les problèmes que connaît la France.» ( Source libération )

    Voila un super exemple pour les républicains !!!!! Républicains ou frontistes?
    Aux urnes citoyens, formez vos bataillons

  6. Supprimer le culte musulman ??? Tout aussi irréalisable qu’absurde, et contraire aux objectifs de la laïcité et de la liberté ! Ce n’est pas la religion en elle-même qui est à craindre mais l’usage que l’on en fait, et cela est valable pour toutes les religions !

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