Publicités

Mai 1968 : souvenirs d’un aulnaysien

Pour moi les prémisses de mai 68 sont dans les années de guerre d’Algérie. En 1961-1962 j’ai été étudiant au lycée Voltaire dans la classe préparatoire au concours de l’IDHEC[i] (avec Henri AGEL) et les attentats de l’OAS provoquaient les manifestations de protestation des syndicats et des étudiants. L’UNEF était représentée dans la classe  (je me souviens d’un étudiant mexicain très engagé mais aussi de Bernard Stora, Alain Riou ou Renan Polles) et nous avons participé à des manifestations dont l’une au métro Charonne est bien connue.

Plus tard en 1973 à Aulnay le PSU projettera dans la salle du 11 novembre « 20 ans dans les Aurès » de René Vautier.[ii]

Les années de décolonisation française et de libération des peuples du tiers-monde ont été marquées par les luttes d’Amérique Latine et par la guerre américaine du Vietnam.

La libération culturelle a aussi débuté au début des années 60, pour moi avec la nouvelle vague au cinéma (la fréquentation quotidienne de la cinémathèque de la rue d’Ulm en particulier pendant un an), pour d’autres ou les mêmes la déconfessionnalisation de la CFDT, l’« Aggiornamento » du Concile Vatican 2 ou la musique rock and blues y contribuèrent.

Jeune marié travaillant à SIMCA Poissy début 1967, je lisais le journal COMBAT dans le train . A Poissy le souvenir de la force de la CGT à l’époque de FORD était évoqué mais le syndicat CFT avait pris le pouvoir grâce aux forces d’extrême droite (anciens collabos, fachos mussoliniens ou OAS ).

Les articles d’André Laude dans « Combat » préparaient le désir  « d’un socialisme gai, poétique, solaire… »…

L’abonnement à « Témoignage Chrétien » (tradition fraternelle de l’époque) complétait le rejet du gaullisme même ses accents intéressants comme la visite du « Québec Libre » en 1967.

Un prêtre ouvrier (Yves Thibaud) faisait partie de la paroisse catholique de Saint Joseph d’Aulnay : en confession après m’être confessé avec lui de ne pas être « engagé », je décidais de le faire !!

En mai 1968, je travaillais à Renault Billancourt (en sous-traitance pour l’entreprise d’informatique CAP Centre d’Analyse et de Programmation[iii]). Notre équipe de collègues était politisée et nous avions rencontré les responsables de la CFDT et du Parti Socialiste qui nous avaient fait visité les ateliers (en particulier ceux de l’île SEGUIN).
Nous avons assisté au premier débrayage de jeunes ouvriers qui s’étaient installés assis ou allongés sur une pelouse au soleil de l’après-midi le  16 mai. Le 13 mai nous n’avions pas pu participé la grande manifestation.

L’agitation place Nationale à Billancourt était folklo mais bien réelle bien avant la  venue des intellectuels plus tard en 70.

J’avais envoyé une demande d’adhésion au PSU juste avant la grève générale et celle des postiers en particulier. De fait je ne serais contacté qu’après la grève par Gilberte Desnoyers militante féministe avant l’heure, conseillère municipale et candidate PSU aux législatives en juin 1968. Ma femme m’a toujours dit que sa visite à l’appartement l’avait frappé car elle n’avait pas dissimulé ses craintes dues à la nouvelle grossesse ( notre  troisième fille) et donc des risques de l’engagement militant masculin au détriment de la femme.

Mai 1968 fut une belle époque où je pouvais promener mes jumelles au parc Dumont tous les jours du fait de la grève : l’accès à Renault Billancourt n’était pas possible pour nous.

La lecture des journaux (Combat et Le Monde) et des hebdos était essentielle : nous n’avions pas la télé à l’époque.

Localement pendant la grève je me souviens d’une réunion chez Jacques Pérochain (d’Objectif 72) avec plus de 20 participants divers (son frère Bernard élu PSU à Aubervilliers était présent).

Après la grève j’ai participé pleinement à la campagne électorale, nous avons pu passer la barre des 5%. L’affiche de la campagne du PSU que nous collions avec plaisir (avec le bandeau de notre candidate féminine) est en tête de ce texte.

Au travail nous avons décidé de créer une section syndicale au C.A.P. : nous étions trois camarades un PSU, un CERES et un PCF, aussi notre choix fut de créer une section syndicale CGT et de demander l’organisation d’élections de délégués du personnel. Je fus candidat CGT mais non élu. La CFDT était en tête.

Dans les années 1970-71 je travaillais à la SEV Marchal, j’étais syndiqué à la CGT.

L’entreprise d’Issy-les-Moulinaux était d’un autre siècle : les femmes enchaînées aux presses, des flics-maisons  armés pour la surveillance…

La « Cause du peuple » était lue parmi nous. Je fus licencié pour avoir traité de « con » mon chef (ancien collègue du CAP qui m’avait embauché). Ce chef avait empêché l’opération d’un œil d’un collègue qui était vraiment handicapé par son œil. Je fus licencié sur le champ. Ma femme était enceinte de notre quatrième fille, mais ce fut une chance, je pus me faire embaucher à Aulnay chez L’Oréal  et cela dura jusqu’à la retraite. Mes collègues m’offrirent les œuvres de Walter Benjamin et un livre sur mon idole « Angela Davis » pour mon départ de SEV Marchal !

A L’Oréal en juin 1971, je retrouve Alain Ramos militant PSU de Blanc-Mesnil et secrétaire de la section CFDT qui avait osé en mai 68 mettre en cause le syndicat CGT patronal de la boîte…fondée par Eugène Schueller « cagoulard » notoire.

L’adhésion à la CFDT coulait de source.  L’élection comme délégué du personnel dans le collège « cadres » ne tarda pas.

A Aulnay dès 70-71 la création du comité des usagers des transports en commun fut essentielle[iv].  Il  rassemblait le curé de Saint Paul ( René Plaideau), Yvonne Louis militante de gauche ou madame Ducarroir et son fils Jean, futur pionnier des radios libres et les militants PSU Michel Ronfard, les Bonicel et les Bouichou…

Elle permit la présentation d’une liste PSU-LO aux municipales 1971 sans tête de liste (par ordre alphabétique) avec un score de près de 10% des voix au premier tour.

Plus tard la venue de Citroën à Aulnay en 1974 me rappela cette CFT implantée à Simca Bondy avec le sieur Calméjane patron de choc de la droite du 93 pendant longtemps.

Mais ceci est une autre histoire…

On ne peut réduire mai 1968 à mai 1968 : l’histoire c’est comme la vie : elle n’a ni début, ni fin. !!

Par contre les acteurs et les institutions sont mortelles : le PSU né avec la guerre d’Algérie et mort 25 ans plus tard est un bon référent pour la période autour de 1968.

Et André LAUDE poète aulnaysien en est un des meilleurs chroniqueurs :

http://www.institut-tribune-socialiste.fr/wp-content/uploads/2016/02/67-69-TS-Laude.pdf

Ces articles m’ont été photocopiés à l’I.T.S.[v] par Jacques Sauvageot (25 ans en 68 comme moi) il y a plus d’un an.
Merci à lui.

               André Cuzon

[i] Institut des hautes études cinématographiques

[ii] Plus tard en 1978 la municipalité dont je faisais partie présentera dans la salle du conseil municipal le film « Marée noire, colère rouge » de Vautier après le naufrage de l’Amoco Cadiz

[iii] Aujourd’hui CAP GEMINI

[iv] Je publierai un petit dossier là-dessus.

[v] Institut Tribune Socialiste

Publicités

Publié le 3 janvier 2018, dans A vous la parole, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. article très intéressant

  2. Vous l’avez lu jusqu’au bout…..je n’ai pas pu, biographie de M.Cuzon?
    Je prépare donc la mienne

  3. Même si vous semblez reprocher à monsieur Cuzon, ( non sans une pointe de moquerie ) le caractère autobiographique de cet article, tout comme Xavier ci dessus, je le trouve intéressant à bien des égards…

    C’est avec plaisir @ Un électeur , que nous lirons la vôtre, mais il faudra peut-être révéler votre identité…. LOL

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

%d blogueurs aiment cette page :