Jusqu’où ira le rejet des bruits inhérents à la nature par les citadins

Jadis les coqs pouvaient chanter au lever du soleil et les poules caqueter après la ponte, les grenouilles coasser durant la période de reproduction des batraciens dans leurs mares,  les grillons et les cigales  enchanter la Provence, les moutons bêler dans leurs pâturages,  les chevaux hennir dans leur haras, les ânes braire  et les cloches pendues au coup des vaches résonner dans les vallées sans que leur voisinage trouve a y redire, puisque ces expressions du monde de la campagne faisaient partie intégrante de la vie  rurale et de la nature.

Nous observons pourtant un phénomène de plus en plus inquiétant parmi les bipèdes humains, qui se mettent à saisir la justice pour faire cesser à proximité de leurs nouvelles habitations ou de leurs villégiatures occasionnelles, tous les bruits et toutes les expressions vocales du monde animal, accusant leurs éleveurs ou leurs propriétaires de troubler leur tranquillité ! Le but affiché de ces procédures vise souvent à faire supprimer purement et simplement les animaux et les insectes, à détruire leur biotope et leur habitat, ou à en faire interdire l’élevage….

Du coup deux France s’affrontent : d’ex- citadins reconvertis à la vie rurale pour y trouver le silence ne font plus très bon ménage avec les ruraux qui ont toujours vécu avec ces sons inhérents à la vie des campagnes …. Pour ne plus être empêchés de dormir par le bruit des cigales et des grillons, des touristes avait demandé au maire d’une commune du sud de bien vouloir traiter les arbres avec des insecticides ….

A Saint Pierre d’Oléron, les propriétaires d’un coq s’étaient vus traduits en justice par leurs nouveaux voisins qui ne supportaient plus d’être réveillés dès potron minet par le volatil… Fort heureusement le juge les a déboutés de leur demande et le volatil peut désormais continuer à annoncer le lever du soleil…. Le maire Christophe Sueur a pris du coup un arrêté pour proclamer le « caractère rural » de sa commune

En haute Savoie, ce sont les cloches des vaches qui dérangeaient les riverains propriétaires de résidences secondaires… Pris en étau entre les éleveurs et les vacanciers, il parvint à un compromis en déplaçant l’abreuvoir pour éloigner les bovidés des résidences….

En gironde un couple a été condamné par la Cour de cassation à reboucher la mare de leur jardin qui attire de nombreuses grenouilles, trop bruyantes au goût de leurs voisins. Mais pour respecter la décision de justice, ils devraient se mettre en infraction avec le Code de l’environnement car leur point d’eau n’abrite pas moins de huit espèces protégées !

Un député de Lozère a déposé fin juillet 2019 une proposition de loi « visant à définir et à protéger le patrimoine sensoriel des campagnes françaises ».  Ainsi « chant du coq, tintement des cloches, braiment de l’âne, odeur du fumier ou des poulaillers [et] coassements de batraciens » pourraient être classés « patrimoine sensoriel des campagnes » et être de cette manière protégés des poursuites pour troubles anormaux du voisinage. « Quand on vit dans la ruralité, il y a des bruits et odeurs consubstantiels à la vie ou à l’agriculture. Si on porte plainte là-dessus, on porte atteinte à la vie rurale traditionnelle », soutient le député.

Le maire de Gajac (Gironde), auteur d’une lettre ouverte aux parlementaires sur les bruits de la campagne estime que « la justice a autre chose à faire ». « Les éleveurs ont des vaches, les agriculteurs des tracteurs et des animaux vivent dans la nature. Quand on est en ville, on accepte les bruits de la ville, alors, pourquoi pas à la campagne ? »

A Saint-André-de-Valborgne dans le Gard, les touristes sont prévenus et accueillis avec humour : « Attention, village français, vous pénétrez à vos risques et périls, prévient un panneau planté à l’entrée de la commune.  (Voir affiche ci-dessus ).

Bruno Dionis du Séjour, dans sa lettre ouverte aux parlementaires, demandait « solennellement » que le chant du coq, les cloches des églises ou encore le braiment de l’âne « soient proclamés patrimoine national ».

Les citadins investissant nos campagnes imposeront-ils la loi du silence à toute la nature ?

Article rédigé les 23 et 24 juin 2020 par Catherine Medioni

Publié le 26 juin 2020, dans A vous la parole, Environnement, Propreté, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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