Parmi les 39 cadavres de vietnamiens retrouvés dans le camion de l’horreur au Royaume-Uni, 4 venaient d’Aulnay-sous-Bois

En octobre 2019, 39 cadavres de migrants vietnamiens sont découverts à l’arrière d’un camion au Royaume-Uni. Après des mois d’enquête, les policiers français ont mis au jour le rôle d’une vaste filière d’immigration clandestine.

La mort était au bout du « chemin Noold Straete ». Une allée sans issue, comme un présage du périple tragique qui attendait ces candidats à l’exil, perdue au fond d’une zone industrielle de Bierne (Nord). C’est dans cette commune près de Dunkerque que, le matin du 22 octobre 2019, 39 migrants vietnamiens ont embarqué à bord de ce qui sera surnommé « le camion de l’horreur ». La nuit suivante, tous seront retrouvés morts asphyxiés dans le semi-remorque frigorifique à son arrivée près de Londres (Royaume-Uni). 31 hommes et 8 femmes, âgés de 15 à 44 ans, qui avaient fui la misère de leurs villages au Viêt Nam pour un pays perçu comme l’Eldorado en matière d’emplois.

Neuf mois après ce drame qui a ému le monde, l’enquête a mis en évidence l’implication d’un vaste réseau criminel implanté en France. Une filière d’acheminement de clandestins vietnamiens vers l’Angleterre qui opérait avant la tragédie, s’est mise en sommeil après celle-ci, puis a repris ses activités peu avant le confinement. Organisateurs, hébergeurs, chauffeurs : sept personnes ont été mises en examen le 29 mai puis quatre autres le 3 juillet à Paris pour diverses infractions dont « homicides involontaires » et « traite des êtres humains en bande organisée ». « Si j’avais su qu’ils pouvaient risquer la mort, si je n’avais pas été aussi naïf, je n’aurais pas accepté de faire quoi que ce soit », a regretté l’un des suspects en garde à vue.

Les investigations françaises ont débuté discrètement le 6 novembre dernier sous le nom de code « Butterfly ». Grâce aux données du traceur GPS du camion-charnier fournies par les autorités britanniques, les policiers de l’Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre (OCRIEST) découvrent que le véhicule est arrivé au port de Calais (Pas-de-Calais) le 16 octobre au soir en provenance du comté anglais du Kent. Il effectue les jours suivants plusieurs allers-retours entre la France et la Belgique. D’après le bornage de sa ligne téléphonique, c’est Eamonn Harrison, un Irlandais de 23 ans inculpé outre-Manche, qui est au volant.

«Ils paraissaient tous jeunes, moins de 35 ans»

Les enquêteurs ont la conviction que le conducteur a chargé les 39 victimes au bout de la zone commerciale de Bierne, près d’un corps de ferme caché par la végétation. Car le 22 octobre, il y stationne de 10h50 à 12h01 avant de filer droit vers la frontière belge et le port de Zeebruges, où il déposera la remorque avec ses passagers clandestins entassés et suffoquant à l’intérieur dans un bateau pour l’Angleterre. La propriétaire de la ferme française étant âgée de 88 ans et handicapée, les policiers interrogent son auxiliaire de vie. Elle se souvient d’avoir été intriguée, ce matin-là, par le passage d’un taxi venu déposer neuf personnes de type asiatique. Ces migrants se sont aussitôt réfugiés dans un hangar agricole de l’autre côté de la rue.

« Puis j’ai vu arriver un grand camion blanc de type frigorifique, sans inscription avec de longues barres sur la porte arrière, depuis le cul-de-sac, raconte la Dunkerquoise aux enquêteurs. Les migrants sont sortis du hangar de manière précipitée, ils ont ouvert la porte arrière de la remorque et sont montés à l’intérieur. Il y avait une dame portant une doudoune beige matelassée. Ils paraissaient tous jeunes, moins de 35 ans. Le camion est reparti sans que le chauffeur en descende. »

L’aide-soignante avait même alerté les gendarmes qui, à leur arrivée, avaient seulement retrouvé deux Vietnamiennes et un Albanais perdus et mutiques sur leur sort : sans doute des clients ayant raté le convoi et sauvés in extremis de la mort…

Un ballet express de taxis

Les caméras de surveillance d’entreprises installées à Bierne montrent bien l’arrivée du semi-remorque immatriculé GTR1 28D mais la zone de chargement des clandestins n’est pas visible. En visionnant les images, les enquêteurs font en revanche une découverte de taille : neuf taxis au total — six Français et trois Belges — passent dans le même créneau horaire. Un ballet express qui suppose des déposes de passagers. Pour tenter d’identifier les chauffeurs, les policiers vont, cette fois, analyser les déplacements des téléphones des victimes retrouvées dans le camion de l’horreur.

On y apprend que vingt-et-une d’entre elles sont arrivées le matin à Bierne de Créteil (Val-de-Marne), quatre d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), sept du nord de la France sans que la localisation ait pu être précisée, deux du XIIIe arrondissement de Paris et deux de Belgique. Deux migrants vietnamiens venaient d’arriver tout juste en France par l’aéroport de Roissy quand d’autres séjournaient depuis des semaines un peu partout : Marne, Pays de la Loire, Paca.

Source et article complet : Le Parisien

Publié le 4 août 2020, dans Actualité, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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