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Claude Dilain sur les Banlieues : il faut réconcilier les « humiliés » avec les « égoïstes,fachos »
Claude Dilain, sénateur socialiste de Seine-Saint-Denis fait entrer la banlieue au Sénat ce samedi, avec une journée de débats qui lui seront consacrés. Le thème de ce colloque, « Banlieues dans la République : l’urgence de la réconciliation ». Au programme, plusieurs tables rondes, sur la place des banlieues dans la Nation, le rôle à jouer par les institutions et l’organisation d’un nouveau vivre ensemble. L’élu Clichois s’en explique.
D’où est venue l’idée de ce colloque ?
CLAUDE DILAIN. Elle est née d’une rencontre avec Charles Rojzman (NDLR : psychosociologue et écrivain) qui a travaillé à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines et écrit sur des contextes plus graves et dramatiques comme le Rwanda. On s’est vite retrouvé sur cette idée de réconciliation.
Qui doit se réconcilier ?
La France! Elle est éclatée, morcelée en tant d’univers que les gens ne peuvent pas concevoir l’univers de l’autre. Il faut cesser d’alimenter le face à face entre d’un côté une « banlieue » avec des gens pauvres qui se sentent humiliés, rejetés par la République et en face, les fachos, les égoïstes, ça n’est pas aussi caricatural. Le moment est venu de se comprendre. C’est pour ça qu’on parle de réconciliation.
On utilise plutôt ce terme après un conflit…
Le terme est un peu provocant, d’accord, mais il y a une réelle confrontation entre d’un côté les humiliés, à tort ou à raison, et de l’autre les apeurés, dont la peur doit être entendue aussi.
La faute aux médias ?
Non, c’est surtout une victoire de l’entre-soi, je n’ai pas changé d’avis à ce sujet. Notre société s’« encaste » et ça a été très à la mode pendant le mandat Sarkozy. En poussant l’entre-soi et la compétition, on arrive à créer une France qui n’est plus unifiée où les gens n’ont pas le même sentiment d’appartenance à la société républicaine. Pour avoir grandi dans un milieu populaire à Saint-Denis, je sais que ça n’a pas toujours été le cas. Il y avait des riches et des pauvres, mais on avait le sentiment d’appartenir à la même société républicaine.
C’est le Sénat qui vous a ouvert les yeux ?
Cela fait longtemps que je réfléchis à cela, notamment avec des similitudes entre des réalités communes que peuvent rencontrer des villes, comme Clichy-sous-Bois et d’autres villes très rurales. Je me souviens de la réforme de la taxe professionnelle. Nous étions deux à dire la même chose, moi et un maire d’une petite commune rurale, tant nous nous sentions oubliés par cette taxe professionnelle.
Comment organiser cette réconciliation ?
Il faut organiser le vivre ensemble entre ces villes où les habitants ne se comprennent pas, comme Le Raincy et Clichy-sous-Bois par exemple, qui se regardent en chiens de faïence depuis des générations. Nous allons lancer un appel à la création d’une conférence citoyenne, avec des ateliers pour cette réconciliation.
« Banlieues » dans la République : l’urgence de la réconciliation. Tables rondes de 9h30 à 18 heures au Sénat.
Source : Le Parisien du 15/06/2013