René-Augustin Bougourd, un Artiste de l’image Aulnaysien

René-Augustin Bougourd, un Artiste de l’image Aulnaysien

René-Augustin Bougourd, bonjour et merci de nous accorder un temps d’échanges pour que le Lectorat d’Aulnaycap découvre les multiples talents d’un Aulnaysien de longue date très engagé dans la vie de notre cité. L’exposition de vos photos à la Galerie Jean-Baptiste Claudot de l’Espace des Arts des Pavillons-sous-bois du 11 au 26 janvier est l’occasion pour nous de vous découvrir en tant qu’artiste créateur et metteur en scène d’images. Comment êtes-vous venu à la photographie ?

J’ai grandi avec. Mon père la pratiquait en amateur, et développait lui-même ses photos, dans les années 50. Vers 10 ans, j‘ai reçu mon premier appareil, un Brownie Kodak, puis mon père m’a donné son Foca sport, avec un 35 mm. J’ai fait d’abord de la diapo, qui m’a conduit durant un demi-siècle à créer au rythme d’un ou deux par an, des dizaines de ce qu’on appelait autrefois des diaporamas, avec 3, 6 puis 9 et jusqu’à 12 projecteurs. Depuis que ce terme a été complètement galvaudé, je préfère dire « audiovisuels », car le texte et la musique y ont pour moi presque autant importance que les images. On peut en voir quelques-uns sur YouTube.

Il semble que vos travaux audiovisuels ne se contentent pas d’être des successions ou compilations d’images, mais qu’ils s’accompagnent du recours à d’autres moyens d’expression tels que l’écriture et la musique… Pourriez-vous nous dire comment vous les articulez entre eux pour accomplir une alchimie parfaite ?

À une époque déjà trop lointaine à mon goût, j’écrivais des nouvelles. Certaines ont été publiées en revue. J’aborde la réalisation d’un audiovisuel avec la même démarche : j’ai une histoire à raconter, avec des épisodes, un suspens, des ruptures et une chute. Le texte y est donc essentiel, avec ce challenge : l’image ne doit jamais être redondante, ni le texte décrire l’image. L’un et l’autre doivent s’enrichir, le lien doit rester allusif. Comme il s’agit d’images fixes, la continuité temporelle et la coloration de l’émotion est assurée par la musique, qui ne doit jamais rien à la facilité. Il s’agit toujours pour moi de proposer des musiques propres à un lieu ou à une époque, et de coloration cohérente. Un montage sur New York sera illustré uniquement par des extraits de Duke Ellington, un autre sur l’aventure de Garibaldi exclusivement par des musiques de Nino Rota. A chaque fois, j’explore un univers musical, et c’est un grand plaisir de découverte. Je traque les moments qui correspondent à l’ambiance que je veux donner à une séquence, et j’exploite les temps forts pour scander mon récit. J’aimerais que l’on puisse s’imaginer que la musique a été écrite spécifiquement pour le montage. Parfois j’ai l’impression de rajouter à une musique une portée supplémentaire : celle des mes images. J’ai actuellement en chantier un audiovisuel sur Borromini, le grand architecte du baroque romain : toute la bande sera issue d’extraits de musique baroque interprétée principalement par la formation de Christina Pluhar.

Pourriez vous donner au lectorat les liens de ces audiovisuels publiés sur youtube ?

Ma chaine You Tube : http://www.youtube.com/channel/UCt0CdS_jeU9a7yileops39A.

Mon site https://reneaugustinbougourd.com

Google : Taper René Bougourd

En quoi et pourquoi la photographie est un medium qui vous inspire et vous parle ?

Il me permet de restituer un espace et de l’organiser au mieux par le cadrage. Il me permet de capter quelque chose de la beauté d’une lumière, d’un lieu ou d’une personne dans la lumière. Il me permet de faire de la beauté d’un instant, une œuvre.

Quelles libertés ce médium vous autorise-t-il et quelles contraintes vous impose-t-il ?

Contrairement à ce qu’on disait autrefois, avant l’épidémie du selfie, je n’ai jamais ressenti le prétendu rétrécissement de la vision qu’on prêtait à celui « qui voit tout à travers le viseur de l’appareil photo ». Au contraire, le désir de trouver le meilleur cadrage m’a conduit à aller dans des recoins ou à grimper dans des endroits où je ne serais jamais allé autrement. S’il y a une contrainte, c’est le poids de l’appareil. Au temps de l’argentique, il me fallait deux boitiers avec deux sensibilités de pellicule, l’une pour le grand angle, l’autre pour le téléobjectif. Le numérique avec un zoom a représenté un énorme progrès dans le confort. Et comme je pratique aujourd’hui la photo papier pour des expositions, avec des tirages grand format, je ne peux évidemment me satisfaire d’un petit appareil ou d’un téléphone.


Quels sont les sujets de prédilection de vos photographies ?

Ce qui me plait avant tout, c’est de restituer un espace. C’est pourquoi je pratique surtout la photographie urbaine. C’est là qu’on trouve les espaces les plus variés, qui changent au gré du pas du promeneur. On comprendra ainsi que mon engagement dans la défense de notre paysage urbain est un prolongement naturel de ma démarche artistique. Mais j’aime aussi saisir les personnes dans une attitude qui dit quelque chose de leur préoccupation de l’instant et dans leur rapport avec l’environnement. C’est pourquoi je préfère saisir une personne dans son entier, « en pied ». Dans l’exposition que je présente actuellement à l’Espace des Arts des Pavillons-sous-bois, chaque personne est ainsi saisie dans son dialogue avec une œuvre d’art contemporain. J’ai aussi une prédilection pour les arbres, qui sont aussi des êtres vivants avec leur personnalité propre, et qui sont malheureusement bien maltraités dans notre ville. J’ai pour ce printemps une exposition en projet au parc forestier de Sevran intitulée « Des Arbres et des Hommes ».


Retravaillez-vous vos images ?

Très bonne question ! Ce serait très naïf de croire qu’une photographie soit un pur reflet d’une réalité. Dans « art », il y a inévitablement « artifice ». Certes, il y a des photographes comme Cartier Bresson qui n’admettaient pas que l’on recadre leurs images. Mais c’est qu’au déclenchement de l’obturateur, ils avaient déjà magistralement reconstruit par le cadrage ce qu’ils avaient vu. En fait, il y a toujours deux étapes dans l’art de la photo. Le moment de la prise de vue, où intervient l’art du cadrage, de la maîtrise de la lumière et de la profondeur de champ, et le moment du tirage. Le tireur est l’artisan qui parachève le travail du cadreur, qui va mettre en valeur les contrastes autant que les nuances. Les images de Cartier-Bresson étaient ainsi tributaires du talent de son tireur. Au temps de l’argentique, je l’ai moi-même pratiqué dans les années 70, c’était une affaire de chimie et de manipulations sous le faisceau de l’agrandisseur. On fractionnait la durée d’exposition et on plaçait des masques ou tout simplement on agitait ses mains ou ses doigts au-dessus de certaines zones de l’image. Aujourd’hui cette étape se fait sur l’écran. Dès les débuts de la photographie, on intervenait pour masquer certains détails, et Gustave Le Gray, dès 1850, traitait séparément le ciel d’une marine en utilisant un deuxième négatif exposé spécifiquement pour cette partie de l’image. Et d’autres retravaillaient les contours à l’encre grise, sans parler de la colorisation à la main. Finalement, la souris n’a fait que succéder au pinceau.

Il est souvent très difficile pour un néophyte d’imaginer ou même de mesurer l’ampleur du travail qui suit la prise de vue….

En effet, ce travail dit de postproduction est pour moi une étape essentielle. Je retravaille toutes mes photos, et pour certaines cela prend plusieurs heures, avec plusieurs tirages d’essai, car il y a toujours des détails qu’on n’a pas vu sur l’écran. L’usage du zoom entraîne des déformations qu’il faut redresser, tous les détails parasites doivent être effacés, les noirs doivent être éclaircis car j’utilise un papier mat. Le choix du papier est aussi déterminant pour valoriser les images : le mat permet d’avoir des couleurs profondes et une sensation de relief, donc de présence incomparable. Et souvent les différentes parties d’une image doivent être détourées pour recevoir chacune un traitement spécifique.


Vous arrive-t-il d’utiliser d’autres médiums au sein de votre pratique artistique ?

On l’a compris, l’écriture est pour moi aussi essentielle que l’image, mais c’est beaucoup plus laborieux et cela procure moins de plaisir immédiat, en particulier parce qu’il n’y a pas le contact direct avec le public que l’on peut trouver lors d’une exposition. L’audiovisuel a été pour moi le moyen d’associer ces deux formes d’expression. Pour apprécier pleinement l’exposition des Pavillons-sous-bois, il faut lire les petits textes qui complètent les images et qui sont disponibles dans un catalogue mis à la disposition du public.


Il semble que la mise en scène de vos expositions fasse intégralement partie de votre travail
et de vos exigences. Pouvez-vous préciser en quoi et pourquoi ?

Une exposition, c’est aussi un spectacle, au même titre qu’un audiovisuel sur écran panoramique, ou un spectacle théâtral comme j’en ai créé lorsque j’étais professeur à Jean Zay. Ce qui me passionne dans le cas d’une exposition, c’est qu’elle se déroule dans un espace à parcourir, avec un déroulement logique. Les images se parlent, elles peuvent se nuire si on fait voisiner des formes ou des couleurs qui ne sont pas en harmonie. Si l’harmonie est là, chaque image est valorisée.

Quels moyens, quelles astuces pour parvenir à réaliser cette harmonie ?

Comme dans un récit audiovisuel ou théâtral, pour relancer l’intérêt du spectateur, qu’il faut surprendre au bon moment et toujours captiver, il doit y avoir des ruptures et des temps forts, qui exploitent ou corrigent les caractéristiques de l’espace donné. Définir cette scénographie est encore un acte de création qui passe par une maquette préalable sur l’ordinateur. C’est aussi pourquoi la possibilité d’exposer à la Galerie Jean-Baptiste Claudot de l’Espace des Arts est un grand bonheur : c’est peut-être le plus bel espace de la banlieue. Aurons-nous un jour à Aulnay un espace d’exposition digne d’une ville de 86000 habitants désormais ?

Nous pouvons en effet le souhaiter de tout notre cœur… Benjamin Giami propose la création d’un espace des arts dans le sud de la ville, à l’emplacement de la laiterie qui serait réhabilitée et aménagée pour cette fonction, ce qui ne peut que réjouir les artistes de notre cité fort nombreux à résider à Aulnay Sous Bois.

Vous êtes le second artiste Aulnaysien qu’Aulnaycap a le plaisir d’interroger pour faire connaitre au lectorat l’originalité de son travail et de sa démarche. Nous espérons ainsi générer une mise en lumière des forces vives artistiques de la ville, et susciter ainsi un regain d’intérêt et de soutien pour les Artistes de notre ville trop souvent ignorés … Merci chaleureusement René-Augustin Bougourd d’avoir accepté notre invitation.

Propos recueillis et article rédigé par Catherine Medioni

Informations pratiques pour s’y rendre :

Depuis Aulnay : Tram jusqu’à Pavillons sous Bois

RER SNCF EOLE : Gare de Bondy, puis tram T4 Arrêt : Les pavillons sous Bois et 5mn à pied

Bus RATP : 105 et 146, arrêt Hôtel de ville

Parking sur le parvis de l’hôtel de ville

 

À propos de Buselin Aurore

Responsable blog Aulnay cap

Publié le 16 janvier 2020, dans Actualité, Art, artisanat, Culture, Exposition. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Bonne réussite a lui dans son oeuvre !

    Je note tout de même après lecture une phrase a lui avec :  » j’ai aussi une prédilection pour les arbres qui sont aussi des êtres vivants …  »

    bein, le problème c’est qu’à Aulnay, les arbres ont les découpes et certains applaudissent !

    Un Parc Ballanger qui sera Bétonné après les Élections de Mars 2020 avec des Milliers de Logements et 2 boulevards à l’intérieur c’est ce qui me rend triste avec cette Municipalité et certains soutiennent ça.

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