Archives du blog
Le Maire d’Aulnay-sous-Bois ne veut pas la fusion des communes ni la disparition des départements
Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, souhaite faire de Paris une méga-capitale avec la fusion de cette ville avec les départements de la petite couronne, dont la Seine-Saint-Denis. Paris serait découpée ensuite pas districts, avec Aulnay-sous-Bois fusionnée avec Villepinte et Tremblay-en-France, comme l’indique la carte ci-dessous :
Objectifs : faire des économies d »échelle en supprimante le mille-feuilles administratif (ville, EPT, département…) avec tous les conseillers et élus qui occupent parfois des postes redondants. La France est l’un des rares pays à avoir autant de strates, là où des pays comme l’Allemagne ou l’Afrique du Sud ont un découpage plus efficace (municipalités, Région ou Province, Etat). La France compte encore plus de 30 000 communes et s’appuie sur des départements créés par Napoléon Bonaparte…pour permettre à tout un chacun d’atteindre une préfecture à moins d’une journée de cheval !
Mais voila, la suppression de ces strates ne conviennent pas à tout le monde, à commencer par le Maire d’Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza. Celui-ci déclare :
« Supprimer l’échelon local, celui de la proximité, pour centraliser encore plus, c’est la vision de technocrates bobos qui ne savent pas ce qu’est un mandat local. Ils réfléchissent comme à l’école, sans prendre en compte le terrain », abonde Bruno Beschizza, maire (LR) d’Aulnay-sous-Bois. »
Pourtant, dans de nombreux pays, des municipalités qui sont parfois plus grandes qu’un département Français fonctionnent bien, avec de la proximité. Mais le soucis, c’est que ce type de redécoupage risque de mettre pas mal de personnes en difficulté : moins d’élus, moins de conseillers, moins de népotisme… Malgré les économies d’échelle évidentes, il y aura des perdants, et pas qu’un peu.
Est-ce que ce projet a une chance d’arriver au bout ? Dans un pays où les réformes sont quasiment impossibles, les blocages fréquents, et les avantages des politiques nombreux, il y a peu de chance que cela se concrétise… si ce n’est une création d’une énième strate pour y positionner d’autres élus et collaborateurs…
La suppression des départements ne garantit pas des économies
Progressivement, supprimer les départements fait consensus. 55 % des Français y seraient favorables. « Les esprits sont mûrs, confirme Géraldine Chavrier, professeure de droit public, car les départements sont à bout de souffle, étranglés par le poids des dépenses sociales et parce qu’une alternative est enfin constituée grâce à l’achèvement de la couverture intercommunale du territoire. »
Si l’obstacle constitutionnel pourrait être contourné en faisant des départements des coquilles vides dépecées de leurs principales compétences, tous les écueils seraient-ils pour autant évacués ? Pas si sûr. Puisque toute la question consiste à savoir, désormais, comment réorganiser les services publics entre les nouveaux niveaux de collectivité (régions fusionnées et intercos renforcées), mais aussi entre les espaces territoriaux existants.
Prestataire de services – Plusieurs scénarios se profilent. Le transfert aux régions de la gestion des collèges et des transports semble privilégié. La reprise en main par les intercommunalités des autres compétences départementales telles que les missions de solidarité, l’entretien des routes ou les multicompétences (sport, culture, vie associative, etc.) paraît moins évidente, notamment du fait de la disparité des ressources entre EPCIurbains et ruraux.
Géraldine Chavrier fait valoir que « ces actions pourraient facilement être absorbées par des intercommunalités devenues solides et intégrées ».
Le deuxième projet de loi relatif à l’acte III de la décentralisation irait dans ce sens en prévoyant « un maillage du territoire qui s’appuierait en milieu urbain sur des agglomérations, voire des métropoles, et en milieu rural sur des pôles d’équilibre territoriaux et ruraux issus du regroupement des communautés de communes », explique Bruno Roudier, directeur général de la société d’étude et de conseil Edater, tout en avertissant qu’un tel schéma « mettra du temps à se construire ».
Tout en ajoutant que « le déficit d’évaluation important laisse la place à des hypothèses chiffrées d’économies potentielles peu étayées et limitées à une approche par les coûts. Il faut engager une évaluation ex ante de la réforme qui interroge la cohérence des politiques publiques. »
Le transfert des prestations sociales se révèle de toute évidence le plus complexe. Si les grandes agglomérations et les métropoles peuvent s’appuyer sur des ingénieries existantes, telle la mission locale, qu’en sera-t-il en milieu rural ?
Dès lors, de nombreux acteurs militent en faveur d’une réappropriation de l’action sociale par l’Etat par le biais des caisses d’allocations familiales ou des agences départementales. « La suppression des départements n’exclut pas que ceux-ci demeurent sous une autre forme que celle d’une collectivité territoriale, imagine Géraldine Chavrier. Ils pourraient devenir des établissements publics chargés uniquement d’instruire les dossiers d’aide sociale et constitueraient un excellent prestataire de services, sur demande des intercommunalités et de l’Etat. »
Mais Cédric Mauduit, senior manager au sein du cabinet de conseil Kurt Salmon, à l’instar de Yann Le Meur, pdg de Ressources consultants finances, doute des avantages que l’une ou l’autre de ces solutions apporterait tant en matière d’économies que de qualité de service. « Eclater des compétences départementales en autant de groupements de communes est l’inverse de la mutualisation, observe Yann Le Meur, il faudra donc recréer des services dans les intercos. »
De plus, les dépenses sociales, qui s’élèvent à près de 35 milliards d’euros, sont peu compressibles sans changement structurant des lois. Au final, « l’assiette d’économies potentielles du fait de la suppression ne porte que sur la moitié de leurs dépenses (75 milliards d’euros) », rappelle Cédric Mauduit.
Trois leviers – Dès lors, quel volume d’économies peut-on attendre de l’effacement des départements ? Plus besoin d’assemblées délibérantes ni d’élus et fin du dispositif nécessaire à leur fonctionnement (bâtiment, cabinet, communication, etc.). Certes, les sommes en jeu restent réduites, contrairement aux frais généraux qui représentent entre 7 et 8 % des dépenses de fonctionnement des départements (56 milliards d’euros), soit plus de 4 milliards dont 1 de masse salariale (35 000 agents sur 365 000 sont affectés à la gestion).
« Mais, prévient Bruno Roudier, le gain ne sera pas immédiat car, pour continuer à assurer les interventions des départements, il faudra maintenir certains services opérationnels qui ne seront que progressivement mutualisés avec les autres niveaux de collectivité. » Un processus long et coûteux à mettre en œuvre…
Bref, pas de quoi modifier la situation du déficit public. « Un changement radical du mode d’exercice des compétences n’est pas susceptible d’apporter des économies en trois ans à l’échelle des 11 milliards », assure Yann Le Meur.
Pour sa part, Cédric Mauduit suggère trois leviers d’économies aussi efficaces que rapides à activer. Le premier consiste à mettre fin à l’exercice des compétences facultatives par les départements (sport, jeunesse, culture et vie associative) qui distribuent 2,2 milliards d’euros de subventions.
Le deuxième concerne la mutualisation de la gestion des collèges (4,4 milliards) et des lycées entre les conseils généraux et régionaux. « Une rationalisation de la restauration et de l’entretien diminuerait, a minima, de 6 % le budget éducation des départements », estime-t-il.
Troisième levier, la réduction de moitié du taux d’absentéisme (10 % en moyenne) pourrait générer « 500 à 600 millions d’euros d’économies » sur une masse salariale de 12 milliards. Ce taux élevé étant directement lié aux compétences des conseils généraux et aux métiers difficiles qu’elles impliquent, « une meilleure GPEC Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. réduirait l’absentéisme par une anticipation du reclassement des personnes avant qu’elles ne deviennent inaptes », assure Cédric Mauduit.
Source : La Gazette des communes, article proposé par Annie Neveu