Comment sortir des impasses humaine, sanitaire, économique et politique de l’errance chaotique imposée aux gens du voyage (2/3)

Bonjour Antoine,

Précédemment, je suis intervenue en CM pour évoquer la gestion des aires des gens du voyage (GDV) et nous avons cosigné en janvier 2021 un article sur l’accident intervenu sur site PSA le 12 octobre 2020 qui a failli coûter la vie à trois hommes de ta communauté. Cf. vidéo sur https://youtu.be/AMf8a0aFkBs

Tout d’abord, comment vont-ils à présent ?

Antoine : Les deux brûlés à 70 % sont en cours de rééducation de longue durée et la personne brûlée à 20 % est rentrée chez elle et est maintenant entourée de sa famille. Elle garde de graves séquelles aux mains et a subi des greffes.  L’un des grands brulés est le cousin germain de ma grand-mère. L’autre, j’ai grandi avec lui. Le troisième est mon proche cousin. Je suis très proche des trois victimes.

Sylvie : Peux-tu te présenter ?

Antoine : J’ai 21 ans. Je suis né à l’hôpital Ballanger. Mes parents et grands-parents sont originaires d’Aulnay où ils étaient basés à Chanteloup. Ma famille a été l’une des premières à avoir été hébergée sur l’aire d’Aulnay à sa création au début des années 2000. Mais nous n’avons pas été reconnus comme aulnaysiens par la ville d’Aulnay à cause de notre errance forcée entre les villes de Seine Saint-Denis et de Seine et Marne.

Sylvie : Avant d’arriver sur la friche PSA, d’où veniez-vous ? Pourquoi êtes-vous partis de votre précédent emplacement ?

Antoine : Nous venions de Gonesse où nous n’avions ni eau, ni électricité. Nous sommes donc partis et nous sommes venus à la friche car nous n’avons trouvé que ça. A notre connaissance, il y a des aires à Aulnay, au Blanc-Mesnil, à Drancy, à Sevran et à Tremblay. Mais l’information sur la disponibilité des aires d’accueil est inexistante sur les sites du SEAPFA et de l’ETP Paris Terre d’Envol. Cf. captures ci-dessous.

Sylvie : Combien de temps êtes-vous restés sur la friche PSA ? Et pourquoi en êtes-vous partis?

Antoine : Après l’accident, nous ne voulions pas rester car c’était trop angoissant et nous n’avions plus d’électricité. Mais nous avons dû encore rester une dizaine de jours car nous pensions que nos deux grands brulés-dont le pronostic vital était engagé- allaient mourir. L’attente des réponses médicales était particulièrement angoissante.

Alors que deux des nôtres étaient à l’article de la mort, les personnes présentes lors de l’accident étaient en état de choc. Et plus particulièrement leur mère de 78 ans, leur femme de 34 ans, leurs filles de neuf et six ans, leur fils de 18 ans… Nous étions très perturbés. Nous sommes allés les visiter plusieurs fois à Lille où ils étaient hospitalisés. Dans l’attente, nous ne pouvions partir. Fort heureusement, leur état de santé s’est lentement stabilisé, mais leur vie ne tenait toujours qu’à un fil. Une dizaine de jours après l’accident, nous sommes finalement partis car nous n’en pouvions plus de ce lieu.

Sylvie : Où êtes-vous allés ?

Antoine : Nous nous sommes installés sur le bord d’une route en travaux (D212) au Mesnil-Amelot, où nous sommes restés sept jours sans eau, ni électricité. Nous étions désœuvrés et désespérés ne sachant si nos grands brulés allaient survivre. De plus, deux autres membres de nos familles étaient hospitalisés et nous ne pouvions même pas aller les voir. En tant qu’être humain, de telles périodes sont douloureuses et compliquées à vivre.

A l’occasion d’une promenade, nous avons repéré un terrain en cours de construction mais où les travaux étaient arrêtés. Nous approchions le second confinement. Nous y sommes entrés illicitement, mais nous n’avions pas le choix. Où aller ? Nous étions tellement épuisés, choqués, angoissés, désespérés. Suite à cette installation, nous avons lancé une procédure judiciaire pour y rester jusqu’à Noël, le temps de nous ressourcer. Comme nous ne pouvions plus travailler du fait de la crise économique et sanitaire, nous avons demandé l’aide juridictionnelle. Cette demande a été très compliquée à vivre pour nous. La greffière du tribunal de Meaux considérait que nous n’avions pas à la demander car selon elle nous étions des voleurs, nous travaillions sans rien déclarer, nous ne payions pas nos impôts, nous entrions illégalement sur les terrains des gens ! Mais où aller ? Pourquoi nous enfoncer ? Pourquoi tant de préjugés ?  J’ai finalement obtenu l’aide juridictionnelle. Le président du tribunal nous a permis de rester trois mois sur cet emplacement et a refusé la demande de 5000 € d’amende de la propriétaire…..

Source :

Sylvie Billard, L’élue citoyenne de tou.te.s les aulnaysien.ne.s / votre.elue.citoyenne@gmail.com

Antoine Sauser, Représentant des gens du voyage

Publié le 22 mars 2021, dans A vous la parole, Actualité, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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