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La justice ordonne à l’AP-HP de dédommager la famille Seknagi
« Si on ne s’était pas battus, mon père serait mort. » Ilan Seknagi est à la fois heureux et en colère. Heureux car il peut passer du temps avec son papa, Jean-Claude, sorti de l’hôpital Avicenne de Bobigny il y a quelques semaines après plusieurs mois d’hospitalisation. En colère car sa famille a dû poursuivre l’établissement en justice pour qu’il procure à son père les soins dont il avait besoin.
Le 6 juillet, le tribunal administratif de Montreuil a ordonné à l’Assistance publique (Hôpitaux de Paris), l’organisme public qui gère Avicenne, de verser 1 500 euros aux proches de ce septuagénaire pour compenser les frais qu’ils avaient avancés dans le cadre de la procédure qu’ils avaient lancée contre l’hôpital en février dernier.
Jean-Claude Seknagi à nouveau menacé par un arrêt des soins Avicenne après l’hôpital Ballanger à Aulnay-sous-Bois
Ilan Seknagi réfléchit et se met à compter sur ses doigts. Cinq. Ce lundi 23 février au matin, c’est la cinquième fois en un peu plus de quatre ans qu’il se rend au tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis). « Je commence à connaître le chemin », plaisante-t-il, malgré la gravité des débats qui suivront. La raison de sa présence en salle d’audience est toujours la même : il vient défendre « le droit à la vie » et « le respect des volontés » de son père, Jean-Claude, 74 ans.
En 2022, cet habitant de Bondy (Seine-Saint-Denis) s’était retrouvé au cœur d’un feuilleton judiciaire après son admission à l’hôpital Robert-Ballanger d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Les équipes médicales s’étaient accordées pour limiter ou arrêter les traitements si l’état de santé du patient, qui enchaînait alors les infections et présentait des comorbidités, venait à se dégrader.
L’hôpital Ballanger à Aulnay-sous-Bois qui voulait arrêter les soins de Jean-Claude Seknagi condamné à 10 000 euros
Leur avocat estimait leur préjudice moral à plus d’un demi-million d’euros. Le tribunal administratif de Montreuil a préféré suivre la rapporteure publique, qui préconisait dans ses conclusions de condamner l’hôpital Robert-Ballanger à verser 2 000 euros à cinq des huit requérants de la famille Seknagi. « Le but principal, c’était de faire reconnaître l’erreur commise par l’hôpital et donner un sens à notre combat », réagit Ilan, le fils de Jean-Claude Seknagi.
La famille de Jean-Claude Seknagi attaque l’hôpital Ballanger à Aulnay-sous-Bois pour manque de soins
Il est 11 heures passées quand la faim réveille Jean-Claude Seknagi. « À manger ! » tonitrue par deux fois cet homme massif de 74 ans, allongé dans le fauteuil du salon de son pavillon, à Bondy (Seine-Saint-Denis). Nicole, sa femme, lui réclame un peu de patience. Ilan, leur fils aîné, décoche un sourire devant cette scène de vie familiale somme toute banale, et pourtant inimaginable quelques années plus tôt. « Ma mère est aux petits soins pour lui, observe-t-il. Avant, ils étaient comme chien et chat. L’épreuve qu’on a traversée les a soudés. Ça a dégagé beaucoup de tendresse entre eux. »
Il y a bientôt quatre ans, Jean-Claude entamait une série d’hospitalisations qui allait le conduire à passer quatre mois dans le coma à Robert-Ballanger, à Aulnay-sous-Bois. Victime plus d’une dizaine d’années auparavant d’un accident vasculaire cérébral et de deux cancers, le retraité enchaîne alors les infections.