Archives de Catégorie: Histoire

Sylvie Billard, mes petites brèves de mai (10/10) 18 mars – 28 mai : 150 ans de la Commune de Paris

La défaite de Napoléon III face aux Prussiens en 1870 entraîne – dans la nuit du 4 au 5 septembre 1870 – la quatrième Révolution française, (après celle de 1789, 1830, 1848), qui met fin au IIe Empire.

La « Commune de Paris » – rébellion proche de l’autogestion – apparaît entre autres en réaction à la capitulation de la France décidée par le gouvernement issu de l’Assemblée nationale à majorité monarchiste alors que les Communards étaient républicains. La Commune prend fin quand les troupes « versaillaises » d’Adolphe Thiers massacrent, au cours de la Semaine sanglante *, entre 30 000 et 40 000 Communards selon les estimations. Ce massacre est l’un des actes fondateurs de la IIIe République à laquelle Emmanuel Macron a rendu hommage … et dont la répression et la mutilation des Gilets Jaune apparaissent comme un échos mauvais.

« La Commune de Paris (…) s’est révélée être un véritable laboratoire démocratique et social. De la séparation de l’église et de l’état à la guillotine brûlée, de l’égalité des salaires des institutrices et des instituteurs à une démocratie participative intense, de la réquisition des ateliers abandonnés à celle des logements vides(…). En ce sens, la Commune n’est pas seulement un futur non advenu, une utopie, du fait de sa fin tragique, mais elle inscrit son expérience dans le champ des possibles contemporains .

Pas étonnant dès lors qu’elle soit régulièrement invoquée dans de nombreux mouvements sociaux actuels dont celui des Gilets Jaune.

Quel dommage que la ville d’Aulnay ne commémore pas les 150 ans de la Commune de Paris ! Il est vrai que la Commune est aux antipodes de l’autoritarisme napoléonien  qui inspire davantage l’actuelle majorité.

 

Sylvie Billard

L’élue citoyenne de tou.te.s les Aulnaysien.ne.s

Votre.elue.citoyenne@gmail.com

*La Semaine sanglante est décrite dans le chant révolutionnaire de Jean Baptiste Clément qui a combattu pour la Commune de Paris. Ce chant, merveilleusement interprété par Marc Ogeret, reste d’une étonnante actualité.

Sylvie Billard : le racialisme est une menace pour la paix civile (2/2)

Cher.e.s Aulnaysien.ne.s,

Face aux racialistes qui jugent coupables les seuls Occidentaux pourtant les seuls à avoir d’eux-mêmes aboli l’esclavage et à s’en repentir et qui épargnent les Arabo-musulmans et les Africains tout aussi responsables sans n’avoir jamais reconnu officiellement leur responsabilité, affirmons – en citant un de mes commentateurs – que « toute solidarité qui ne s’applique pas au genre humain dans son ensemble porte en germe la haine de l’autre ».

Alors, plutôt qu’aux racialistes haineux, donnons la parole* à des Africains courageux et responsables (*extraite du journal Jeune Afrique) :

« Nous, Africains, devons aussi assumer notre responsabilité dans l’esclavage1 »

« (…) Les interventions de Romuald Hazoumé, quant à elles, ne vont pas forcément dans le sens auquel on pourrait s’attendre, celui d’une attaque en règle des Occidentaux. « Moi mon rôle en tant qu’artiste africain, c’est de dire aux miens, ‘nous, Africains, devons aussi assumer notre responsabilité dans l’esclavage !’ S’il n’y avait pas eu de vendeur, il n’y aurait pas eu d’acheteur. Comme les Occidentaux, des Africains ont aussi profité de ce trafic ! Et il est important de parler de ce qui se passe aujourd’hui, de parler de ces enfants que l’on « place » dans d’autres familles, qui font le ménage, la vaisselle, qu’on ne met pas à l’école… Nous devons nous regarder d’abord avant de regarder les autres. »

(…) Un autre invité, Gildas Bi Kakou, historien ivoirien qui a consacré sa thèse de doctorat à la traite négrière ivoirienne au XVIIIe siècle, intervient dans les collections. (…) Il décrit par exemple les opérations guerrières ‘nolo’ (rapt d’un individu isolé) ou ‘mvrakila’ (tenant du raid, de la razzia) au Congo pour fournir des esclaves aux négriers. Il évoque aussi le royaume Ashanti (1701-1874) à qui était livré chaque année un tribut de 2 000 esclaves.

‘La responsabilité africaine dans l’esclavage est encore taboue, reconnaît celui qui s’est intéressé au sujet en découvrant que certains de ses lointains aînés avaient été propriétaires d’esclaves. Que l’on soit descendant de parents réduits à la servilité ou de personnes possédant des esclaves, c’est encore très compliqué et honteux d’en parler.’

L’historien prometteur (il est lauréat du prix du Comité national pour la mémoire et l’Histoire de l’esclavage 2019) poursuit actuellement son travail à Nantes, les universités ivoiriennes ne semblant pas pressées de s’attaquer sérieusement au sujet. ‘Il y a aussi des enjeux financiers dans la reconnaissance d’une participation africaine, remarque Krystel Gualdé. Si les États reconnaissaient cette participation, la question des réparations serait évidemment brouillée’. »

Pour ma part, au-delà d’un ressassement haineux du passé, j’appelle chacun.e à assumer et à dépasser son Histoire, afin de construire pour tou.te.s un avenir de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Sylvie Billard

L’élue citoyenne de tou.te.s les aulnaysien.ne.s

Votre.elue.citoyenne@gmail.com

Sylvie Billard : Le racialisme est une menace pour la paix civile (1/2)

Cher.e.s Aulnaysien.ne.s,

À l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions du 10 mai, mon texte d’hommage aux victimes passées et actuelles a été qualifié de « révisionniste » ! L’utilisation de ce terme – réservé habituellement à l’encontre de l’extrême droite antisémite niant l’existence de la Shoah- est plus que problématique. Outre le fait que je ne suis ni d’extrême droite, ni antisémite, loin de nier les faits historiques, je les expose, car au-delà des ressassements haineux du passé, j’appelle chacun.e à assumer et à dépasser son Histoire, afin de construire pour tou.te.s un avenir de Liberté, d’Égalité et de Fraternité. Je vous laisse découvrir ces échanges et juger par vous-même ce qui est bon ou pas pour notre ville et notre pays.

Sylvie Billard

L’élue citoyenne de tou.te.s les aulnaysien.ne.s

Votre.elue.citoyenne@gmail.com

Mon texte :

« Écoutons avec respect les descendants des 42 millions de personnes réduites en esclavage en 13 siècles par les traites atlantique, arabo-musulmane et intra-africaine. Ne cédons rien aux racialistes qui jugent coupables les seuls Occidentaux pourtant les seuls à avoir d’eux-mêmes aboli l’esclavage et à s’en repentir et qui épargnent les Arabo-musulmans et les Africains tout aussi responsables sans avoir jamais reconnu officiellement leur responsabilité. Ne jugeons pas les descendants occidentaux, arabo-musulmans et africains des acteurs de ces traites, car ils ne sont pas responsables des crimes de leurs aïeux.

Fort.e.s d’un passé connu, officiellement reconnu et assumé, écoutons respectueusement les souffrances endurées et luttons contre la réduction actuelle en esclavage de 40 millions de personnes. »

Le commentaire de Laurent Comparot, socialiste aulnaysien :

« Un billet scandaleux qui sous prétexte de rendre hommage aux victimes de l’esclavage et de la traite met en accusation les autres formes historiques d’esclavagisme. Madame Billard s’inscrit bien dans cette ligne révisionniste qui relativise l’esclavagisme européen. Elle évoque le racialisme comme d’autres évoquent l’indigénisme pour qualifier la pensée antiraciste décoloniale.
Il est fort heureux que madame Billard ne soit plus membre du groupe d’élus issus du mouvement Aulnay en Commun dont elle a trahi les principes et les idées. »

Ma réponse à Laurent Comparot :

Encore heureux que je rende hommage à toutes les victimes passées et actuelles (40 millions) de l’esclavage et de toutes les formes de traites ! Pas vous ?

Et en quoi évoquer les travaux d’historiens sur les formes de traites constitue-t-il un « révisionnisme » et un « relativisme » ? Si je saisie bien votre raisonnement pour ne pas relativiser la traite atlantique, il faut

relativiser les traites arabo musulmane et intra africaine. Et pour ne pas relativiser la traite négrière, il faut relativiser la traite « blanchière ». Si je saisie bien votre raisonnement :

– une traite est plus tolérable qu’une autre en fonction de la couleur de peau et de la religion des auteurs et des victimes,

– la souffrance des uns est davantage digne de respect que celle des autres en fonction de la couleur de peau et la religion des victimes.

N’est-ce pas vous qui « revisionnez » et relativisez ? Il semblerait que vous n’acceptiez l’histoire que lorsqu’elle vous permet de racialiser en rond. Moi je reprends fièrement la défense de l’universalisme de nos valeurs -que vous avez manifestement perdu de vue – en affirmant comme l’un de mes commentateurs que « toute solidarité qui ne s’applique pas au genre humain dans son ensemble porte en germe la haine de l’autre ».

Enfin, pourriez-vous expliquer en quoi consiste ma trahison aux principes et idées d’AEC à partir d’éléments factuels ? Encore une accusation que vous aurez du mal à étayer.

Sylvie Billard, mes petites brèves de mai (5/10) 10 mai : Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions

Écoutons avec respect les descendants des 42 millions de personnes réduites en esclavage en 13 siècles par les traites atlantique, arabo-musulmane et intra-africaine. Ne cédons rien aux racialistes qui jugent coupables les seuls Occidentaux pourtant les seuls à avoir d’eux-mêmes aboli l’esclavage et à s’en repentir et qui épargnent les Arabo-musulmans et les Africains tout aussi responsables sans avoir jamais reconnu officiellement leur responsabilité. Ne jugeons pas les descendants occidentaux, arabo-musulmans et africains des acteurs de ces traites, car ils ne sont pas responsables des crimes de leurs aïeux.

Fort.e.s d’un passé connu, officiellement reconnu et assumé, écoutons respectueusement les souffrances endurées et luttons contre la réduction actuelle en esclavage de 40 millions de personnes.

Sylvie Billard

L’élue citoyenne de tou.te.s les Aulnaysien.ne.s

Votre.elue.citoyenne@gmail.com

Sylvie Billard, mes petites brèves de mai (2/10) 8 mai : Commémoration du 76e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945

La France se doit de témoigner son éternelle reconnaissance à tou.te.s les combattant.e.s qui ont œuvré à sa libération.

Le caporal-chef Kaba Doumbia, tirailleur malien, est l’un d’eux. Décédé à 100 ans en avril dernier, il participa au débarquement de Provence en août 1944 et poursuivit le combat jusqu’à la capitulation nazie du 8 mai 1945. Démobilisé en 1946, il toucha sa première pension en 1980, 34 ans plus tard ! Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur lors des cérémonies commémoratives du 70e anniversaire du Débarquement et décoré de la médaille du Souvenir français fin 2020.

Après avoir honoré 3 résistantes, Aulnay-sous-Bois s’honorerait à donner le nom de Kaba Doumbia à l’une de nos prochaines rues.

Sylvie Billard

L’élue citoyenne de tou.te.s les Aulnaysien.ne.s

Votre.elue.citoyenne@gmail.com

Sylvie Billard : mes petites brèves de mai, commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon (1/10)

Cher.e.s Aulnaysien.ne.s,

Après plusieurs articles de fond, voici mes petites brèves en lien avec l’actualité notamment commémorative de ce mois de mai. Ces commémorations doivent être l’occasion de :

  • se souvenir des faits historiques en toute objectivité,
  • confronter les mémoires par rapport aux faits historiques et les expériences ou avis par rapport aux thématiques abordées,
  • réfléchir à ce que l’on éprouve face à ces faits, ce que l’on accepte ou pas et pourquoi,
  • réfléchir à ce que nous voulons pour nous-mêmes et autrui pour aujourd’hui et demain,
  • mettre en avant et en action les valeurs auxquelles nous croyons.

Votre avis m’intéresse. Alors bonne lecture et bon commentaire !

5 mai : Commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon

Plutôt que de condamner ou de plébisciter Napoléon, relisons l’Histoire.

Le saviez-vous ?

  • Après avoir rétabli ces abominations que sont la traite et l’esclavage dans les Antilles françaises en 1802, Napoléon le regretta et les abolit de nouveau en 1815. Mais 1815 n’efface pas 1802.
  • Il mena de nombreuses batailles souvent victorieuses. Mais rappelons-nous qu’après avoir institué la première République Européenne, la France était entourée de monarchies qui voulaient sa chute aussi bien sur le continent qu’aux Antilles où la canne à sucre était le pétrole de l’époque. Napoléon mit fin à la guerre civile en France et protégea la France des attaques des autres puissances européennes par la guerre. La guerre était alors – depuis des millénaires et partout dans le monde – une modalité acceptable de règlement des conflits.
  • Il promulgua de nombreux codes permettant l’égalité de tous devant la Loi… à défaut d’être égalitaires. L’un d’eux, le Code civil, fut adopté par de nombreux pays dans le monde.

Juger l’histoire à l’aune des valeurs de 2021 est anachronique, mais surtout de biais racialistes est irresponsable. Que chacun.e assume son histoire et cherche à construire pour tou.te.s un avenir de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Sylvie Billard

L’élue citoyenne de tou.te. s les Aulnaysien. ne. s

Votre.elue.citoyenne@gmail.com

Le report du défilé Napoléonien à Aulnay-sous-Bois serait-il dû à la météo ou à une raison politique ?

Napoléon fait partie intégrante de l’histoire de France, Aucun historien ne serait-ce qu’un peu sérieux n’oserait dire que l’empereur n’a pas marqué l’histoire de France. Alors que la France traversait une crise sans précédent avec la Révolution et les guerres déclenchées contre l’Europe entière, le militaire talentueux avait réussi à s’imposer grâce à sa stratégie astucieuse et son sens du commandement. L’espace d’un peu plus de 10 ans, la France était devenue la première puissance Européenne, dominant outrageusement le continent et dictant sa volonté aux nations asservies.

Mais voilà, Napoléon, c’est aussi des paradoxes, des erreurs politiques et des décisions aujourd’hui polémiques. Si Napoléon a instauré le code civil, l’état centralisateur avec ses préfets qui sont les donneurs d’ordre de l’exécutif, le baccalauréat pour sortir les Français de la misère intellectuelle et les départements qui existent encore aujourd’hui, c’est aussi l’homme qui a déclenché une répression horrible en Espagne et qui a restauré l’esclavage. Et c’est bel et bien ce dernier point, la restauration de l’esclavage, dont il est question aujourd’hui.

Bruno Beschizza est un admirateur de l’empereur, comme beaucoup de français. Et comme plusieurs personnalités politiques, ils souhaitent rendre un hommage prononcé à celui qui a modernisé le France et qui l’a poussée jusqu’à son apogée. Mais faire abstraction au côté sombre de Napoléon aurait pu avoir des répercussions politiques.

En effet, Aulnay-sous-Bois est une ville cosmopolite avec une communauté Antillaise et d’Afrique subsaharienne importante. Comme l’expliquait Sylvie Billard dans ses recherches, la communauté Africain subsaharienne a connu l’esclavage via le commerce triangulaire (via les puissances Européennes de l’époque), mais aussi la traite arabo-musulmane (qui a touché notamment la Tanzanie, la Centrafique, le Congo et le Burkina-Faso), sans oublier l’esclavage intra-africain (certaines civilisations Africaines pratiquaient l’esclavage). Honorer la mort de celui qui a rétabli l’esclavage en Europe aurait eu des plus mauvais effets à quelques semaines des élections départementales 2021, notamment pour la paire LR, ultra favorite. La Gauche n’aurait pas hésité à utiliser cet événement pour inciter les électeurs d’origine africaine et antillaise à se détourner du tandem Cannarozzo – Maroun (LR). On voit mal la grande armée Napoléonienne battre en retraite aux premières gouttes de pluie !

Bien entendu, cette commémoration en grandes pompes n’est que partie remise. Comme le dit le cabinet du Maire, cela se fera avant les grandes vacances…certainement après les élections départementales de juin 2021. En attendant, chacun appréciera ou pas l’investissement consenti à commémorer la mort d’un Empereur qui fut un grand homme, mais qui a comme tout un chacun commis des erreurs. On voit mal cependant une grande ville Espagnole honorer de la sorte la mort du général Franco, celui qui parvint à préserver l’Espagne de la seconde guerre mondiale et qui put remettre le pays sur l’échiquier des puissances moyennes Européennes, ou une ville Allemande faire des cérémonies fastueuses pour honorer la disparition d’Otto von Bismarck, le père de l’unité Allemande. Car ces hommes ont eux aussi eu de très gros défauts et fait des choix contestables…

 

Napoléon et le Code civil

Cher.e.s Aulnaysien.ne.s,

Pour faire simple, la droite l’idolâtre parce qu’il incarne l’ordre. La gauche le déteste pour la même raison. Je parle de Napoléon. Son code Civil est lui aussi très décrié. Moi, je veux que chacun.e assume son histoire dans ce qu’elle a de plus et de beaucoup moins glorieux, en toute objectivité et sans juger les siècles passés à l’unique aune de nos valeurs contemporaines.

Concernant le Code civil Napoléonien, et non, ce n’est pas lui qui a rédigé. Mais sa volonté et son autorité furent déterminantes dans l’aboutissement de son œuvre de codification. En 6 ans, il promulgua 5 codes : civil en 1804 (rebaptisé « Code Napoléon » en 1807), de procédure civile (1806), de commerce (1807), d’instruction criminelle (1808), pénal (1810).

Voltaire disait que lorsqu’on voyageait en France, on changeait aussi souvent de lois que de chevaux de poste. Napoléon réussit là où la monarchie absolue et la Révolution avaient échoué : l’adoption d’un Code des lois civiles bien rédigé, facile à interpréter, consacrant le triomphe du droit écrit sur les coutumes et imposant une vision de la société et de l’État.

Portalis, présentant au Corps législatif le « Code civil des Français », déclara : « Dans le calme de toutes les passions et de tous les intérêts, on vit naître un projet de Code civil, c’est-à-dire LE PLUS GRAND BIEN que les hommes puissent donner et recevoir. » Robert Badinter, ancien ministre de la Justice, expliqua dans « Le plus grand bien… » que « Toute entreprise de codification, pour réussir, requiert trois conditions : un moment favorable, des juristes de talent, une volonté politique ». Sous le Consulat et l’Empire, ces conditions furent réunies et le rôle de Napoléon essentiel.

La chute de l’Empire n’arrêta pas l’expansion du Code civil. En France, la poussée démocratique de 1848 lui donna un nouveau souffle et dans de nombreux pays du monde entier, il servit de modèle :

  • En Europe, Grèce (1821), Belgique (1804), Pays-Bas (1837), Portugal (1867), Italie (1865), Roumanie (1864), Espagne (1889), Luxembourg, Monaco, grand-duché de Varsovie créé par Napoléon pour redonner un État aux Polonais (1807), certains États allemands ;
  • À l’international au XIXe siècle : Égypte, République Dominicaine (1825), Haïti (1826), Bas-Canada (1866), tous les pays d’Amérique latine, île Maurice même après la conquête britannique, État de Louisiane aux États-Unis (1808), dans la plupart des pays de l’empire colonial français en Afrique du Nord, Afrique noire et Asie.

En 1960, plus de 70 États s’étaient inspirés du Code civil français. Il serait injuste de voir dans son adoption l’unique effet de la guerre ou de la colonisation : le Code jouissait d’un tel prestige, souvent lié à celui de la Révolution française, que beaucoup de juristes le réclamaient.

Cependant, son aura internationale laissa place à partir du milieu du XXe siècle à de fortes critiques sur certains de ses aspects : oublieux du sort des esclaves et des hommes libres de couleur, consacrant le statut de mineur des femmes mariées, instituant l’autorité absolue du père et du propriétaire, s’opposant à l’esprit d’association. Pour ces raisons, il fut qualifié de « législation bourgeoise et masculine » et de « condensé de l’idéologie bourgeoise ».

En France, il fallut attendre :

  • 1970 pour remplacer la fonction de chef de famille par l’« autorité parentale »,
  • 1972 pour reconnaître l’égalité des droits des enfants issus d’un couple marié ou non,
  • 1975 pour permettre le divorce par consentement mutuel.

Mais de nombreuses parties du Code civil furent peu modifiées. 

Sylvie Billard
L’élue citoyenne de tou.te.s les aulnaysien.ne.s
Votre.elue.citoyenne@gmail.com

Le rêve d’unité européenne

Cher.e.s Aulnaysien.ne.s,

En cette période de commémoration napoléonienne qui déchaîne les passions, je voulais partager avec vous cette réflexion sur le rêve d’unité qui habite les Européens depuis la chute de l’Empire Romain d’Occident en 476 après JC. Plusieurs monarques et empereurs européens s’y essayèrent par la guerre et les alliances matrimoniales (Charlemagne, Otton 1er, Charles Quint…). Napoléon n’est que l’un d’eux, mais lui seul est l’objet de toutes les critiques d’AEC [NDLR : Aulnay En Commun, groupe d’opposition municipale à Aulnay-sous-Bois]. Pourtant, nous célébrons également cette année la Commune de Paris, qui a fait suite à l’instauration d’un autre Empire, celui d’Allemagne, qui a annexé l’Alsace et la Lorraine. Pourquoi AEC critique Napoléon et pas Guillaume Ier de Prusse ?

L’Empire Carolingien (800-924)

Prolongeant le royaume des Francs, l’Empire Carolingien (800-924) s’affirmait continuateur de l’Empire Romain d’Occident. Pour faciliter les transactions commerciales, Charlemagne instaura une monnaie unique, entretint les routes, favorisa les foires. Il adopta également une politique culturelle ambitieuse : mise en place d’écoles et de bibliothèques, restauration de l’étude des auteurs latins et grecs, construction de cathédrales, unification de la langue officielle avec le latin…

Le Saint Empire Romain Germanique (962-1806)

Le Saint Empire Romain Germanique – qui dura 844 ans, 6 mois et 4 jours – se voulait également continuateur des Empires Carolingien et Romain. La dynastie des Ottoniens forma cet Empire à partir de l’ancienne Francie orientale carolingienne

Charles Quint, issue de plusieurs lignées royales européennes, est l’une des figures les plus connues de cet Empire qui prit fin avec les conquêtes napoléoniennes.

L’Empire Napoléonien (1801-1815)

Napoléon fut constamment tiraillé entre la volonté de libérer chaque peuple d’Europe en modernisant sa Nation conformément aux Lumières et celle de donner à la France une place hégémonique en Europe. « Nous avions alors pour but d’organiser un grand système fédératif européen (…) conforme à l’esprit du siècle ». Il voulait « les mêmes principes, le même système partout… une même monnaie sous des cours différents, les mêmes poids et mesures, les mêmes lois, etc. » (…) pour « qu’un même peuple et chacun, en voyageant partout se fût toujours trouvé dans la patrie commune ». Il voulait l’unité de chaque peuple, puis réaliser les États-Unis d’Europe ». Il voulait l’unité des codes, des principes, des opinions, des sentiments, des vues et des intérêts. « Alors peut-être à la faveur des lumières universellement répandues, devenait-il permis de rêver, pour la grande famille européenne, l’application du Congrès américain, ou celle des Amphictyons de la Grèce ; et quelle perspective alors de force, de grandeur, de jouissance, de prospérité ! Quel grand et magnifique spectacle ! ».

L’Empire Allemand (1871-1918)

L’unité allemande, voulue par Napoléon, se construisit à l’occasion de la guerre franco-prussienne de 1870. La défaite de Napoléon III à Sedan permit cette unification autour de la Prusse. L’Empire d’Allemagne qui en résulta disparut après sa défaite en 1918. L’Allemagne devint alors une république.

Pourquoi AEC résume-t-elle l’histoire de France au colonialisme et à l’esclavagisme ? Pourquoi critique-t-elle Napoléon et pas Charles Quint et Guillaume Ier de Prusse ? Pourquoi critique-t-elle les aspects négatifs de Napoléon et pas les positifs ? Pour ma part je n’apprécie pas son autoritarisme, mais il était propre à cette époque, et je souhaiterai que notre ville célèbre également la Commune.

Mais de grâce, que chacun.e assume son histoire en toute objectivité et construise pour tou.te.s un avenir de liberté, d’égalité et de fraternité.

Sylvie Billard

L’élue citoyenne de tou.te. s les Aulnaysiens. ne. s

Votre.elue.citoyenne@gmail.com

Commémoration de l’esclavage, de la traite négrière et de leur abolition : que chacun.e assume son histoire et construise pour tou.te.s un avenir de liberté, d’égalité et de fraternité (3/5)

2. La traite des blancs : la plus méconnue

Environ 4,5 millions de « blancs » ont été réduits en esclavage par les pirates barbaresques du Maghreb et les Ottomans entre le XVe et le XIXe siècle avec un apogée entre 1580 et 1680.

Déjà existante au XIIIe siècle, la traite barbaresque redoubla à la suite de l’expulsion des Maures d’Espagne qui – de retour au Maghreb – se lancèrent alors dans le djihad en razziant principalement les côtes méditerranéennes, mais également d’Angleterre, d’Irlande, des Pays-Bas et parfois d’Islande. Dans son ouvrage « Christian slaves, muslim masters: white slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500–1800 », Robert C. Davis estime qu’entre le XVIe et le XVIIIe siècle, les Barbaresques de Tunis, Alger et Tripoli réduisirent de 1 à 1,2 million de chrétiens européens blancs en esclavage et entre 1785 et 1815 environ 700 Américains. En 1816, après le bombardement d’Alger, le dey d’Alger signa un traité prévoyant la libération de tous les esclaves européens et l’abolition de la traite d’esclave. Mais c’est en 1830 que les troupes françaises libérèrent les captifs lors de la reddition d’Alger. En Tunisie, il est aboli en 1846. C’est la France qui a aboli l’esclavage dans les pays qu’elle a colonisés. Cette traite barbaresque, très lucrative, a permis notamment de financer les plus belles mosquées de ces pays. C’est le cas notamment de la Zitouna à Tunis.

Entre 1450 et 1700, l’Empire ottoman réduisit quant à lui en esclavage environ 2,5 millions européens. Les captifs étaient employés dans l’armée, la marine, les harems, au domicile des riches familles ou par des artisans. À partir du XIVe siècle, les Ottomans créèrent des unités d’élite constituées d’enfants de familles chrétiennes capturés comme esclaves qu’ils convertissaient à l’islam, encasernaient très jeunes, éduquaient en Turcs ottomans et qu’ils finissaient par émanciper en tant que janissaires, soldats d’élite de l’infanterie appartenant à la garde du sultan. En 1453, ces terribles soldats firent tomber « l’imprenable » Constantinople, dernier bastion de l’Empire romain d’Orient.

De 1500 à 1650, le nombre d’esclaves européens blancs dépassa largement celui des noirs africains déportés aux Amériques. La vie des esclaves blancs en Afrique ou en Turquie n’était guère meilleure que les pires conditions des esclaves noirs aux Amériques.

À quand une commémoration de l’esclavage, de la traite des blancs et de leur abolition au Maghreb, au Machrek et en Turquie ?

Sylvie Billard
L’élue citoyenne de tou.te.s les aulnaysien.ne.s
Votre.elue.citoyenne@gmail.com

%d blogueurs aiment cette page :