Dans de nombreux articles, des riverains du centre-gare d’Aulnay-sous-Bois ont désapprouvé les constructions récentes qui ont défiguré leur quartier. Que ce soit a rue Fernand Herbaut ou la rue Anatole France, plusieurs programmes immobiliers ont détruit des maisons parfois de caractère pour y mettre à la place des immeubles énormes, à mille-lieues de l’urbanisme d’antan. Ce secteur situé à deux pas de la gare RER B est-elle vouée à une hyper densification pour loger des personnes qui travaillent sur Paris ? Les pavillons de ce secteur vivent-ils leurs dernières années avant d’être irrémédiablement rasées pour laisser place à des immeubles fades et modernes ?
Une bétonisation continue depuis 2008
La destruction des pavillons de caractère de date pas d’hier. Dès 2008, sous l’impulsion du maire Gérard Ségura et de l’adjoint à l’urbanisme Alain Amédro, des programmes immobiliers comme celui de la rue Fernand Herbaut ont vu le jour. Un pavillon de caractère avait été détruit, et un immeuble de 5 étages rapidement construit. M. Amédro affirmait à l’époque que s’il y avait un endroit à densifier, c’était bien le secteur du Centre-Gare Nord, situé en zone UA du Plan Local d’Urbanisme (PLU).
A l’époque, l’idée était de faire venir des populations actives qui pouvaient à la fois utiliser le RER B pour leurs déplacements professionnels, mais aussi pour revitaliser le tissu commerçant situé sur l’avenue Anatole France. Malgré de nombreuses protestations et un recours, le programme immobilier est arrivé à son terme.
Si l’arrivée de Bruno Beschizza en 2014 apporta un instant une lueur d’espoir pour les riverains, la déception fut rapide : cette zone continue à être densifiée. Les règles de circulation ont même empiré pour certaines rues, avec de nombreux bus à destination et en provenance de la gare routière située dans ce secteur.
Une gare comme véritable catalyseur de cette densification
Plusieurs milliers de personnes recherchent un logement à Aulnay-sous-Bois, principalement dans le social. La gare RER B fait bien entendu partie des attraits de la ville, qui permet de rejoindre facilement l’aéroport et ses activités ou Paris. De nombreuses personnes venant de la petite couronne recherchent des logements moins cher pour devenir propriétaire, et Aulnay-sous-Bois fait partie de ces villes dîtes de substitution, assez proches de Paris pour être intéressantes et assez loin pour ne pas être (trop) inaccessibles.
Cette densification, qui rappelle étrangement le cas de Levallois-Perret ou encore Issy-les-Moulineaux, semble être dans l’air du temps pour permettre aux jeunes – et aux moins jeunes – d’investir dans la pierre et rester proche de leur bassin d’emploi. Les habitants de ce quartier semblent sacrifiés sur l’autel de la modernité et du désir des jeunes actifs à se trouver à deux pas d’un hub tel que la gare RER B.
Ces programmes immobiliers sont aussi pour les investisseurs et les spéculateurs un moyen de rentabiliser un projet en achetant un nombre d’appartements neufs pour un investissement locatif. Si le quartier manque d’air, de végétation et de soleil, le fait d’être à quelques mètres d’une gare qui nous transporte à Paris en 20 minutes reste un avantage important.
Un souci de répartition de la richesse en France ?
La France est un pays jacobin, centralisateur, où quasiment tout passe par Paris. Même la décentralisation ne permet pas vraiment une réelle autonomie des différentes régions. Paris concentre encore la plupart des bureaux des grandes sociétés et le quartier d’affaires de La Défense continue de s’agrandir.
De ce fait, de plus en plus de logements sont construits dans la Grande Couronne pour répondre aux besoins des futurs actifs. A l’opposé, des départements entiers meurent en France avec un exode rural qui laisse des villages à l’abandon. Le manque d’emploi, des salaires moins importants et des infrastructures embryonnaires empêchent les jeunes actifs de s’installer dans des endroits plus aérés, plus verts, plus bucoliques.
Le secteur du Centre-Gare Nord d’Aulnay est à l’image de la transformation de tout un pan de territoire francilien : un urbanisme effréné pour répondre à une demande de plus en plus tendue, avec par la même occasion la disparition de l’âme d’un quartier et ses maisons de caractère. Alain Amédro disait en 2008 qu’une ville comme Aulnay ne pouvait rester figée dans le temps et devait évoluer avec la tendance. N’était-il pas possible cependant de préserver quelques maisons de caractère et permettre aux résidents qui ont une attache familiale et émotionnelle de rester dans un quartier qu’ils ont chéri ?